Jouer un links pour la première fois : le mode d’emploi
Le sol est dur, la balle roule sur cinquante mètres et le vent décide de tout. Un links se joue au sol, et la balle haute travaillée depuis des années devient un handicap.
En bref
- Apprendre le coup bas avant de partir.
- Jouer avec le vent, en visant dedans plutôt qu'en luttant contre.
- Autour du green, le putter avant le wedge.
- Compter un tour entier pour recalibrer ses distances.
Un links ne se joue pas comme un parcours de parc. Le sol est dur, la balle roule sur cinquante mètres, le vent décide de tout et la balle haute que vous travaillez depuis des années devient votre pire ennemie. Voici comment aborder votre premier links sans y laisser dix coups.
Ce qui change vraiment
Un links est bâti sur du sable, en bord de mer, avec une herbe rase et un sol qui draine. Trois conséquences directes : la balle rebondit et roule beaucoup plus qu’ailleurs, le vent n’est jamais coupé par des arbres, et les bunkers sont profonds, souvent à bords verticaux, faits pour vous coûter un coup.
La quatrième conséquence est moins évidente : les greens sont ouverts devant. Sur un parcours de parc, on porte la balle jusqu’au drapeau parce qu’il faut passer un bunker ou un obstacle d’eau. Sur un links, on peut faire rouler la balle sur trente mètres avant le green, et c’est souvent le coup le plus sûr.
Le coup à apprendre avant de partir
Le bump-and-run, ou balle roulée, est le geste de base du links. Un fer 7 ou 8, la balle légèrement en arrière dans le stance, le poids sur le pied avant, un mouvement de putting allongé. La balle part bas, atterrit tôt et court jusqu’au drapeau.
Sur un links, le coup le plus intelligent est presque toujours celui qui reste le plus près du sol.
Entraînez-vous à ce coup une semaine avant de partir, sur un terrain sec si possible. La difficulté n’est pas technique, elle est mentale : il faut accepter de viser un point d’atterrissage à quinze mètres devant le green et de laisser le terrain faire le reste.
Jouer avec le vent, pas contre lui
Face au vent, la faute universelle est de frapper plus fort. Plus de vitesse veut dire plus d’effet rétro, donc une balle qui monte, se cabre et tombe court. Le bon réflexe est l’inverse : prenez deux clubs de plus et faites un swing à 80 %, balle un peu reculée, mains devant, finition raccourcie.
Vent de dos, la balle vole plus loin mais s’arrête moins ; prévoyez le rebond et visez court. Vent de travers, décidez si vous jouez avec la dérive ou si vous la combattez, mais ne changez pas d’avis au sommet du backswing.
Les bunkers de links
Un bunker de links n’est pas un obstacle décoratif. Beaucoup ont des bords si hauts qu’aucun coup vers le drapeau n’est possible. La règle est simple et coûte de l’orgueil : sortez sur le côté ou en arrière, du côté où le bord est le plus bas. Un coup perdu vaut mieux que trois coups à essayer de franchir un mur de sable.
La préparation pratique
- Emportez un vêtement de pluie qui laisse passer le mouvement, et une casquette qui tient au vent.
- Deux gants, pour en avoir un sec.
- Des chaussures à crampons plutôt que des semelles lisses : le sol dur et incliné ne pardonne pas.
- Une balle de compression plus basse aide certains joueurs par vent fort, mais ne changez pas de balle la veille d’un tour important.
Le bon état d’esprit
Un links produit des rebonds injustes. Une balle parfaitement frappée peut finir dans un creux, une balle moyenne peut rouler jusqu’au drapeau. C’est le jeu, et c’est même la raison d’être de ce type de parcours. Le joueur qui s’énerve après le troisième mauvais rebond finit toujours par jouer plus mal que celui qui hausse les épaules.
Si vous préparez un premier voyage, choisissez un links accessible plutôt que le plus prestigieux : vous y jouerez plus détendu, et vous garderez le grand nom pour un moment où vous saurez quoi en faire.
Le petit jeu, là où le links se gagne
Un links se joue au sol, et cela vaut encore plus autour des greens que sur les approches longues.
Depuis le collier, sur une surface ferme et rase, une balle levée au wedge est un pari : l’arête d’attaque n’a presque pas de coussin sous la balle, et un centimètre de trop donne une balle lamée à travers le green. Le fer 8 joué comme un putt long, balle en arrière, mains en avance, traverse la même situation sans risque.
Le putter depuis l’extérieur du green, appelé parfois le fer texan, est l’autre outil du links, et il est parfaitement légitime. Depuis dix mètres de collier ras, un putt qui finit à deux mètres bat un wedge qui finit à un mètre une fois sur cinq et à dix mètres deux fois.
Le principe tient en une phrase : moins la balle passe de temps en l’air, moins le vent et le sol ont d’occasions de décider à votre place.
Le score, et la façon de le protéger
Un premier links se solde souvent par une carte sans rapport avec le niveau du joueur, et presque toujours pour les mêmes raisons.
Trois décisions protègent le score. Viser le centre des greens en permanence, parce qu’un manqué côté court dans un rough de lande est un bogey au mieux. Sortir des bunkers par le côté le plus bas, même à angle droit du drapeau, parce que le premier objectif dans un bunker de links est d’en sortir. Et accepter le bogey sur les trous face au vent, qui sont des par 5 déguisés quel que soit ce qui est imprimé sur la carte.
La formule de jeu aide aussi. Un stableford pardonne les deux ou trois trous où le vent vous prend, là qu’un stroke play transforme une journée intéressante en carte à oublier.
Enfin, prévoyez plus de balles que d’habitude et moins d’ambition sur les scores. Le links n’est pas une punition, c’est un autre jeu, et l’aborder avec les attentes d’un parcours de parc est la seule façon de ne pas l’aimer.
Ce qu’on rapporte d’un links
Deux choses restent longtemps après le séjour. La balle basse, qui devient un vrai coup de votre répertoire et qui sert ensuite tous les jours de vent sur votre parcours habituel. Et l’habitude de regarder le sol avant de choisir un club, qui est la meilleure habitude qu’un golfeur puisse prendre.
Où jouer un links en France
Inutile de traverser la Manche pour un premier links : la France en aligne une quinzaine, sur trois façades.
- Nord et Pas-de-Calais : Wimereux, ouvert en 1901 et posé le long des plages ; Hardelot Les Pins ; Le Touquet La Mer.
- Normandie et Bretagne : Étretat, sur les falaises ; Granville ; Dinard, à Saint-Briac-sur-Mer, ouvert en 1887 et deuxième plus ancien parcours de France ; Pléneuf-Val-André.
- Côte basque et Landes : Chiberta à Anglet, dessiné par Tom Simpson sur un sol sableux ; Moliets ; Biarritz Le Phare.
- Corse : Sperone, spectaculaire et exigeant.
Pour un premier links, les classements publiés situent Étretat, Pléneuf-Val-André et Hardelot du côté des parcours accueillants, tandis que Sperone, Le Touquet La Mer et Granville demandent un jeu déjà solide. Le Guide des golfs de la ffgolf donne les coordonnées et les conditions d’accès de chacun.
Prévoyez une paire de chaussures et des gants de rechange : sur un links, ils finissent mouillés. On les trouve dans les magasins spécialisés comme dans les grandes chaînes de sport, sans lien commercial avec nous.
Où ça se joue vraiment
Trois links de notre annuaire, où c’est le quotidien.
- Dinard Golf — Saint-Briac : Le deuxième plus ancien dix-huit trous de France, un vrai links sur la Côte d’Émeraude : un par 3 face à la mer, un rough d’un mètre, et une signalisation absente.
- Golf de Chiberta : Créé en 1927 à l’initiative du duc de Windsor et dessiné par Tom Simpson : moitié links sur le sable, moitié pinède, et deux jeux différents dans la même partie.
- Golf Club d’Hossegor : Dessiné en 1930 par John Morrison avec Arnaud Massy : un par 71 sous les 6 000 mètres, mais aux normales 4 longues et aux normales 5 courtes, sur le sable des Landes.
Nous n’avons pas joué ces parcours ; chaque fiche dit sur quoi elle s’appuie.






