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Technique

Quatre pentes : de la plaine du Saint-Laurent aux Laurentides

Une pente change l'angle d'ouverture réel du bâton et, en dévers, son angle de semelle réel. Ce n'est pas un défaut d'élan. L'adresse pour chacune des quatre, de l'argile de la plaine aux parcours de montagne.

La rédaction Panxis Golf, desk Québec (Étienne Tremblay) · · 10 min
Fairway vallonné et buttes herbeuses sur un parcours de golf
Photo Calvin Seng / Pexels

En bref

  • Balle au-dessus des pieds : la face pointe à gauche, crochet intérieur assuré. Mains basses, viser à droite, un bâton de moins.
  • Balle en dessous des pieds : la face pointe à droite. Plus de flexion, tenir la hauteur, viser à gauche, un bâton de plus.
  • La montée ajoute de l'ouverture : deux bâtons de plus. La descente en retire : un ou deux de moins.
  • Sous les érables, les feuilles mortes sont des détritus : on les écarte, et la balle se replace si elle bouge.

Tous les coups que vous avez frappés au champ de pratique l’ont été depuis une surface qu’une machine a rendue plate. Sur un parcours québécois, presque aucun ne l’est. Quatre ou cinq fois par ronde, le sol bascule sous vos pieds, et chaque fois cela déplace le point bas de l’élan, oriente la face du bâton au moment de l’impact et modifie la distance. La plupart des joueurs abordent ce fait avec l’élan du tapis, puis mettent le résultat sur le compte de la technique.

Il n’existe que quatre pentes, et chacune produit un effet parfaitement prévisible. Savoir ce que le terrain va faire ne rend pas le coup plus facile : cela change la cible et le bâton. Ça ne coûte rien, et sur une saison aussi courte que la nôtre, ça rapporte plus que n’importe quelle correction d’élan.

Le terrain agit en premier

Une pente change deux choses avant que vous ayez bougé. Elle change l’angle d’ouverture réel du bâton, puisque cet angle se mesure par rapport au sol sur lequel vous vous tenez et non par rapport à l’horizon. Et sur un dévers latéral, elle change l’angle de semelle réel, ce qui oriente la face à gauche ou à droite de l’endroit où vous croyez viser.

Ni l’un ni l’autre n’est un défaut d’élan, et ni l’un ni l’autre ne se corrige en frappant plus fort. C’est le prix du terrain. Votre travail consiste à adapter la position d’adresse, puis à viser là où la balle va réellement partir.

Balle au-dessus des pieds

La pente aimable, et c’est bien pour cela qu’elle coûte tant de verts. La balle est plus près de vous, la pointe du bâton s’abaisse, et la face pointe de fait vers la gauche. La balle part à gauche et continue vers la gauche. Un droitier va jouer un crochet intérieur ici, qu’il le veuille ou non.

L’élan s’aplatit aussi. Vous êtes sur un talus, le bâton tourne autour de vous plutôt qu’il ne monte, et cela ajoute à la même courbe. Lutter contre produit un coup bloqué à droite, qui est le pire résultat disponible.

Prenez donc la courbe. Descendez les mains de trois à cinq centimètres sur la poignée, parce que le bâton est désormais trop long pour la distance qui vous sépare de la balle. Tenez-vous un peu plus droit, mettez un peu de poids sur l’avant des pieds pour ne pas basculer vers l’arrière, et visez à droite proportionnellement à la pente : une ou deux verges sur une inclinaison douce, toute la largeur du vert sur un talus abrupt.

Prenez un bâton de moins. Une face fermée délivre moins d’ouverture, la balle sort plus basse et plus vite, et le crochet intérieur roule à l’arrivée.

Balle en dessous des pieds

La pente difficile, et la seule où l’équilibre est vraiment en jeu. La balle est plus loin, le talon du bâton s’abaisse, la face pointe de fait vers la droite, et la balle part à droite puis continue vers la droite. Ajoutez le réflexe de se redresser pour atteindre une balle située plus bas et vous obtenez la faute type : la balle frappée mince sur l’arête basse de la face.

La position d’adresse est de celles qu’on n’adopte jamais sur terrain plat. Plus de flexion des hanches, beaucoup plus de flexion des genoux, poids vers l’arrière sur les talons, et bâton tenu tout au bout de la poignée. Puis il faut tenir cette hauteur jusqu’après l’impact. Se redresser, c’est toute la faute.

Visez franchement à gauche, puisque la balle part à droite. Prenez un bâton de plus, car la flexion supplémentaire coûte de la vitesse et la face délivre plus d’ouverture que prévu. Et jouez à quatre-vingts pour cent : sur ce dévers, l’équilibre vaut mieux que la longueur, et l’élan complet est le chemin le plus court vers le coup de talon.

Montée

La plus indulgente des quatre, et celle où les joueurs restent courts sans comprendre pourquoi.

Placez les épaules parallèles à la pente, épaule avant plus haute que l’épaule arrière, et laissez l’essentiel du poids sur le pied arrière. Balle légèrement plus avancée que d’habitude. Puis montez la pente avec l’élan au lieu de frapper dedans. Vouloir rester à l’horizontale et frapper vers le bas dans un terrain qui monte, c’est ainsi qu’on plante le bâton trente centimètres derrière la balle.

Une pente montante ajoute de l’ouverture. Donc de la hauteur, un angle de chute abrupt et une perte de distance sérieuse. Sur une inclinaison nette, prenez deux bâtons de plus, pas un. La balle aura aussi tendance à partir en crochet intérieur, parce que le poids reste à l’arrière et que les mains se relâchent tôt : comptez une ou deux verges à droite.

Descente

La plus dure des quatre, et celle qui punit qui n’y a pas réfléchi. Le terrain fuit devant vous, l’épaule avant est basse, et le sol s’écarte de la tête du bâton juste après l’impact au lieu de juste avant.

Même principe, inversé : épaules sur la pente, poids sur le pied avant, balle en arrière du centre. Poursuivez la tête du bâton vers le bas de la pente à travers l’impact plutôt que d’essayer d’aider la balle à monter. Le geste de cuillère, réflexe naturel, est exactement ce qui produit la balle mince qui file par-dessus le vert.

Une pente descendante retire de l’ouverture. Un fer 7 se comporte comme un fer 5, la balle part basse, se pose à plat et roule loin. Prenez un ou deux bâtons de moins et prévoyez le roulement. La balle a tendance au crochet extérieur, visez donc un peu à gauche. Si la pente est abrupte et que le vert ne retiendra pas une balle basse, le coup intelligent est un cocheur sur une zone plate, puis un coup complet depuis cette zone.

Les quatre règles qui couvrent tout

Chaque dévers se ramène à la même courte liste. Elle mérite d’être sue par cœur, parce que vous serez debout sur un talus quand vous en aurez besoin.

  • Épaules parallèles à la pente en montée et en descente, pour que le bâton longe le sol au lieu d’y entrer.
  • Mains basses sur la poignée quand la balle est au-dessus des pieds, tout au bout quand elle est en dessous.
  • Viser à l’opposé de la courbe : à droite quand la balle est au-dessus, à gauche quand elle est en dessous.
  • Jouer à quatre-vingts pour cent et finir en équilibre. Si vous tombez du coup, le reste de la liste ne sert à rien.

Et une règle qui n’a rien de technique : faites un élan d’essai supplémentaire à côté de la balle, sur la même inclinaison, en frôlant l’herbe. Cela vous dit où le bâton va toucher sur ce morceau de terrain précis, et aucune théorie ne le remplace.

Ce que les règles autorisent et ce qui coûte deux coups

Il n’existe aucun dégagement pour une position inconfortable ou un appui difficile. Vous pouvez jouer la balle telle qu’elle repose et prendre votre position de manière raisonnable, mais vous n’avez pas droit à une position confortable. C’est la règle 8.1, et c’est celle que les joueurs de club enfreignent le plus souvent sans s’en apercevoir.

Tasser la pente du pied pour se fabriquer une plateforme plate coûte deux coups de pénalité. De même qu’aplatir l’herbe derrière la balle avec un élan d’essai, écarter une branche de la zone de montée, ou appuyer fermement le bâton derrière la balle. Vous pouvez retirer les détritus et poser le bâton légèrement, mais vous ne pouvez pas améliorer la position de la balle. Les élans d’essai se font donc à l’écart, jamais juste à côté de la balle.

Si la balle bouge pendant que vous vous adressez à elle sur une pente abrupte, replacez-la sans pénalité, à condition de ne pas avoir causé son mouvement. Si la position est vraiment injouable, la balle injouable coûte un coup et revient souvent moins cher qu’un élan que vous ne pouvez pas exécuter en sécurité.

Où les golfeurs québécois rencontrent ces quatre pentes

Le golf québécois se divise proprement en deux, et qui ne joue que sur une moitié se fait surprendre sur l’autre.

D’un côté la plaine du Saint-Laurent, de Montréal à Québec en passant par la Montérégie et le Centre-du-Québec. Le terrain y est souvent d’anciennes terres agricoles, et les inclinaisons sont faibles et sournoises : elles ressemblent à une position plate, penchent de quelques degrés, ne sont donc pas remarquées et pas compensées. S’y ajoutent les buttes rapportées par les architectes pour séparer les normales 4 voisines. La balle qui s’y arrête est presque toujours nettement au-dessus ou en dessous des pieds. Particularité de notre calendrier : au dégel de mai, l’argile de la plaine est encore saturée et le bâton s’y enfonce en montée. La perte de distance dépasse alors la règle empirique, et deux bâtons de plus sont un minimum.

De l’autre côté, le relief. Les Laurentides et Mont-Tremblant, Charlevoix, l’Estrie et le mont Orford, la vallée de la Gatineau : ces parcours sont taillés à flanc de montagne, et la position plate y est l’exception sur dix-sept trous. Deux choses s’y additionnent que beaucoup de joueurs mélangent : la différence d’altitude jusqu’au vert et l’inclinaison sur laquelle vous êtes. Réglez d’abord le dénivelé, ensuite le dévers, dans cet ordre, puis engagez-vous. Qui estime les deux en un seul geste se trompe à tous les coups. Le coup qui passe le plus souvent derrière le vert au Québec, c’est l’approche en dévers descendant depuis une allée en balcon, parce que le joueur prend le bâton du dénivelé et oublie que la pente lui a déjà retiré de l’ouverture.

Un détail d’automne qui appartient à nos parcours : sous les érables, la pente se couvre de feuilles mortes. Ce sont des détritus, vous avez le droit de les écarter, mais si la balle bouge pendant l’opération vous la replacez sans pénalité. Et ne comptez pas sur un appui stable : sur un talus couvert de feuilles humides, un élan à quatre-vingts pour cent n’est pas une précaution, c’est la seule option.

Travailler tout ça est le vrai problème, puisque aucun champ de pratique de la province n’a de pente dans sa zone de frappe, et que la moitié de l’année se passe à l’intérieur. Deux solutions ne coûtent rien. Le talus qui borde le vert d’exercice est un vrai dévers latéral, et vingt minutes de coups cochés depuis ce talus apprennent plus qu’une heure sur le tapis. Et une ronde de neuf trous en fin d’après-midi, quand personne ne suit, permet de poser une deuxième balle sur une pente et de la jouer : supplément de 0 dollar, le droit de jeu étant déjà payé. Demandez à l’accueil si la deuxième balle passe, et laissez passer les groupes derrière vous. L’hiver, le simulateur ne vous apprendra pas l’équilibre sur un talus, mais c’est le bon moment pour mesurer vos vraies distances par bâton : toutes les corrections de cette liste s’expriment en bâtons, et elles ne valent rien si vous ne savez pas ce que chaque bâton donne à plat.

Cinq choses à essayer lors de votre prochaine ronde

  • Avant de sortir un bâton sur une pente, nommez à voix haute laquelle des quatre positions c’est.
  • Élan d’essai sur la même inclinaison, à côté de la balle, et regardez où le bâton frôle l’herbe.
  • En montée et en descente, changez de bâton et pas seulement de cible. Deux de plus en montant, un ou deux de moins en descendant.
  • En montagne, réglez le dénivelé d’abord, le dévers ensuite, et additionnez les deux corrections.
  • Jouez à quatre-vingts pour cent et tenez la position finale. Si vous n’y arrivez pas, c’était un bâton de trop.

Aucune des quatre pentes ne demande un autre élan. Elles demandent une autre adresse, un autre bâton et une autre cible, décidés avant de se placer sur la balle et non constatés après coup. Sur un parcours des Laurentides, avec une saison qui dure cinq mois, c’est le progrès le moins cher qui existe.

Les références aux règles renvoient aux règles de golf en vigueur en 2026, en particulier la règle 8.1 sur l’amélioration des conditions affectant le coup et les dispositions sur la prise de position de manière raisonnable.

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