Le Stableford au Québec : la normale plus vos coups reçus, et vos dernières rondes
En juin, une carte gâchée se remplace la semaine suivante. En octobre, elle reste la dernière de l'année. Le Stableford existe pour qu'un seul trou ne puisse pas faire cela.
En bref
- Le barème va de 0 point à deux coups au-dessus du score cible jusqu'à 5 points à trois coups en dessous ; le zéro sert de plancher.
- Le score cible est la normale du trou plus vos coups reçus, distribués selon le rang de difficulté de la carte.
- Le Centre de pointage de Golf Canada applique le double boguey net sur les trous non terminés ; sans facteur de handicap établi, le maximum est la normale plus cinq.
- Les Règles de handicap recommandent 95 % du handicap de terrain pour un Stableford individuel dans un champ de 30 à 100 participants.
À la fin de septembre, un golfeur québécois compte ce qui lui reste de rondes sur les doigts d’une main. Cela change complètement le poids d’un mauvais trou. En juin, une carte gâchée se remplace la semaine suivante ; en octobre, elle reste la dernière de l’année. C’est un bon moment pour s’intéresser à une formule de jeu construite précisément pour qu’un seul trou ne puisse pas emporter une ronde entière.
Le Stableford n’est ni un jeu de société ni une formule de vacances. Il figure dans les Règles de golf à la règle 21.1, il est accepté pour le calcul du facteur de handicap, et il sert de formule ordinaire aux compétitions de club en Grande-Bretagne, en Irlande et en Australie. Au Québec, on le croise surtout dans les ligues de semaine et les tournois-bénéfice, et bien des joueurs qui l’ont pratiqué tout l’été n’ont jamais vu comment les points se calculent vraiment.
Le barème, en six lignes
On ne compte pas des coups, on accumule des points, en comparant votre pointage sur le trou à un score cible qui est la normale du trou, sauf si le comité en fixe un autre.
- deux coups ou plus au-dessus du score cible, ou aucun pointage inscrit : 0 point
- un coup au-dessus : 1 point
- le score cible : 2 points
- un coup en dessous : 3 points
- deux coups en dessous : 4 points
- trois coups en dessous : 5 points
Le gagnant est celui qui accumule le plus de points, ce qui demande un temps d’adaptation : partout ailleurs au golf, c’est le petit chiffre qui gagne. Le zéro fait tout le travail, parce qu’il sert de plancher. Un trou catastrophique vous enlève au maximum les deux points que vous auriez récoltés, et rien de plus. Il n’y a jamais de 11 sur une carte de Stableford.
La normale plus vos coups reçus
En compétition avec handicap, le score cible d’un trou n’est pas la normale imprimée sur la carte. C’est cette normale augmentée des coups que vous recevez sur ce trou-là.
Deux chiffres y mènent. Votre facteur de handicap décrit votre niveau, peu importe le terrain. Votre handicap de terrain traduit ce facteur sur le parcours et les jalons que vous jouez, à partir de l’évaluation du terrain et de la pente. Ce handicap de terrain se distribue ensuite trou par trou selon la colonne du rang de difficulté, du trou le plus exigeant vers le plus facile.
Prenons une joueuse dont le handicap de terrain est 24. Elle reçoit un coup sur les dix-huit trous et un deuxième sur les six plus difficiles, ceux dont le rang va de 1 à 6. Sur une normale 4 classée 3, longue de 375 verges avec l’allée qui se rétrécit à l’arrivée, son score cible est donc 4 plus 2, soit 6. Un 6 lui donne deux points, un 7 un seul point, un 8 rien du tout. Le même 6 ne vaut qu’un point à son partenaire dont le handicap de terrain est 10, puisqu’il n’a qu’un coup reçu sur ce trou.
L’écart entre ces deux joueurs est toute la raison d’être de la formule. Les deux visent deux points sur cette normale 4, et les deux peuvent y arriver. Le Stableford ne fait pas de cadeau au handicap élevé : il déplace la cible là où ce joueur peut l’atteindre, pendant qu’il joue le trou, au lieu de faire une soustraction à la fin de la ronde.
Inscrivez ces coups reçus sur votre carte avant le premier départ. Vous éviterez de calculer sur le vert, et surtout vous saurez au tertre si le trou est un trou à deux points pour vous.
36 points, et l’allocation de 95 %
Deux points par trou sur dix-huit trous font 36 : c’est le pointage de celui qui a joué exactement son handicap. La barre est un peu plus haute qu’on ne le croit, parce que la formule s’accompagne d’une allocation.
Les Règles de handicap recommandent 95 % du handicap de terrain pour un Stableford individuel joué dans un champ de 30 à 100 participants, et ne proposent 100 % que dans les champs de moins de trente joueurs. Un handicap de terrain de 24 devient ainsi 23 : un coup reçu tombe sur un trou et le point qui l’accompagnait tombe parfois avec lui. C’est l’explication courante d’une ronde qui ressemblait à 36 et qui sort à 35 au tableau.
Ramasser sa balle, et ce que Golf Canada en fait
La règle 21.1 encourage le joueur à arrêter de jouer un trou dès que son pointage ne méritera plus de point. En partie par coups ordinaire, ce geste vaudrait une disqualification, puisqu’il faut y terminer chaque trou. Ici la règle le réclame, et c’est la raison principale pour laquelle un champ complet en Stableford libère le terrain plus vite : chaque trou abandonné, c’est un coup roulé de moins à jouer pour quatre joueurs, et cela finit par se compter en minutes.
La ronde compte quand même. Inscrivez-la trou par trou dans le Centre de pointage de Golf Canada, par l’application ou par le site, et le système applique le double boguey net comme maximum sur les trous que vous n’avez pas terminés, avant de calculer le différentiel du jour. Si votre facteur de handicap n’est pas encore établi, le maximum est la normale plus cinq. Dans les deux cas, la formule ne met pas votre handicap en congé.
Une invention née du vent de mer
L’idée revient au docteur Frank Stableford, chirurgien militaire britannique et très bon joueur, membre du Wallasey Golf Club, sur la côte nord-ouest de l’Angleterre, à partir de 1914. Wallasey est un links complètement ouvert au vent, et la formule de club de l’époque faisait compter chaque trou en entier : un après-midi venteux transformait la ronde des membres en série de trous perdus. Il avait tenté une première version par points en 1898, au pays de Galles, sans la conserver. La version utilisable date de la fin de 1931, et la première compétition s’est jouée à Wallasey le 16 mai 1932.
Ce qui intéresse un golfeur d’ici n’est pas l’anecdote, c’est la cause. La formule a été pensée pour des conditions où de bons joueurs inscrivent de gros chiffres sans avoir rien fait de mal, ce qui décrit aussi bien un après-midi de vent d’octobre en Montérégie qu’un printemps détrempé dans le Bas-Saint-Laurent.
Où les golfeurs québécois croisent le Stableford
Le golf de club québécois tourne surtout autour de la partie par coups, brute ou nette, et du championnat du club, si bien que la plupart des membres rencontrent le Stableford de biais. Les voies habituelles sont les ligues de soir, masculines et féminines, où la formule garde un débutant dans la course jusqu’en septembre ; les journées invitation, où elle permet à un invité de handicap 26 d’apporter quelque chose sur un trou que son partenaire a déjà perdu ; les sections de golfeurs d’expérience, où finir dans une fenêtre de quatre heures est la vraie contrainte ; et les tournois-bénéfice, dont la solution de rechange est habituellement une formule Vegas ou un quatuor Las Vegas qui n’apprend rien à personne.
La brièveté de la saison est justement l’argument pour s’en servir davantage. Golf Canada accepte un pointage en Stableford, donc un club qui tient sa ligue du mardi en points ne prive pas ses membres de rondes comptabilisées, et la croyance répandue selon laquelle « les soirées de ligue ne comptent pas » est le plus souvent fausse. Si le responsable de votre ligue ne s’est jamais posé la question, cinq minutes de discussion peuvent ajouter une quinzaine de pointages par année au dossier de chaque membre.
Deux mises en garde d’ici. Une ronde jouée sur des verts temporaires, ou avant que le terrain ne soit revenu à ses conditions d’évaluation au printemps, peut ne pas être acceptable pour le handicap quelle que soit la formule : posez la question plutôt que de présumer qu’une ronde d’avril compte. Et sur un terrain qui joue beaucoup plus court ou plus long que sa longueur évaluée, rappelez-vous que le handicap de terrain d’où sortent vos coups reçus vient des jalons que vous avez réellement joués.
Pour vos dernières rondes
Marquez vos coups reçus au stationnement. Ramassez la balle dès que le point est perdu et ne vous en excusez pas. Et jouez les deux bouts de la formule différemment : sur un trou où un coup reçu vous protège, visez le centre de l’allée et le centre du vert pour encaisser vos deux points, et sur un trou où le point est déjà perdu, il n’y a plus rien à perdre et vous pouvez attaquer le fanion.
Si la compétition est encore devant vous, commencez par votre premier tournoi de club, notre panorama des formules de jeu couvre le reste du calendrier, et notre relevé des règles de golf les plus mal comprises traite de celles qui coûtent des points sans qu’on s’en aperçoive.






