Le stableford enfin compris : le score cible, les 95 % et ce que le WHS a changé
Neuf coups sur le trou n° 8 tuent une carte en stroke play et coûtent deux points en stableford. La règle 21.1 explique pourquoi, et le détail que tout le monde survole décide de chaque point.
En bref
- Le barème va de 0 point à deux coups au-dessus du score cible jusqu'à 5 points à trois coups en dessous ; le plus gros total gagne.
- Le score cible n'est pas le par imprimé sur la carte, c'est le par plus vos coups reçus sur ce trou, répartis selon la colonne des coups rendus.
- Les Règles du handicap recommandent 95 % du handicap de jeu pour un stableford individuel dans un champ de 30 à 100 joueurs.
- Depuis le WHS, l'index ne se calcule plus à partir des points stableford mais du score brut ajusté, plafonné au par net plus deux.
Le trou n° 8, un par 4, avec l’eau courte à droite. Le drive y finit, le drop est mauvais, le coup suivant reste dans le bunker, et quand la balle rentre enfin, il y a neuf coups sur la carte. En stroke play, la carte est morte et il reste dix trous à jouer pour rien. En stableford, ce même trou vaut zéro point, la balle part dans la poche, et les dix trous suivants sont exactement aussi intacts qu’avant. Toute la formule tient dans cette différence.
Le stableford est la formule la plus jouée dans les compétitions de club en France, et c’est aussi celle dont on connaît le moins bien le mécanisme. La plupart des joueurs savent que 36 points veut dire « dans son handicap » et s’arrêtent là. Or le détail qui décide si un trou rapporte un point ou zéro ne se trouve pas dans les 36 points, il se trouve dans la manière dont vos coups reçus sont distribués. C’est la règle 21.1 des Règles de golf, et elle mérite dix minutes.
Le barème, six lignes
On ne compte pas des coups, on compte des points, en comparant votre score sur le trou à un score cible qui est le par du trou, sauf si le comité en décide autrement.
- deux coups ou plus au-dessus du score cible, ou aucun score rendu : 0 point
- un coup au-dessus : 1 point
- le score cible : 2 points
- un coup en dessous : 3 points
- deux coups en dessous : 4 points
- trois coups en dessous : 5 points
Le vainqueur est celui qui totalise le plus de points, ce qui déroute au début : partout ailleurs au golf, le petit nombre gagne. Le zéro est le vrai ressort de la formule, parce qu’il est un plancher. Un trou catastrophique vous coûte au maximum les deux points que vous auriez pris, et rien de plus. Une carte de stableford ne contient jamais de 11.
Le score cible, c’est le par plus vos coups reçus
Voilà le point que tout le monde survole. En compétition avec handicap, le score cible d’un trou n’est pas le par imprimé sur la carte, c’est le par plus les coups que vous recevez sur ce trou.
Le chemin passe par deux nombres. Votre index est votre niveau de jeu, indépendant du parcours. Votre handicap de jeu traduit cet index sur le parcours et le départ que vous jouez, à partir du slope et du SSS. Ce handicap de jeu se répartit ensuite trou par trou selon la colonne des coups rendus de la carte de score, du trou le plus difficile vers le plus facile.
Prenons une joueuse dont le handicap de jeu est 26. Elle reçoit un coup sur les dix-huit trous et un deuxième sur les huit plus difficiles, ceux dont le rang de difficulté va de 1 à 8. Sur un par 4 classé 5, son score cible est donc 4 plus 2, soit 6. Un 6 lui rapporte deux points, un 7 un point, un 8 rien du tout. Le même 6 ne rapporte qu’un point à son partenaire dont le handicap de jeu est 12, parce qu’il n’a qu’un coup reçu sur ce trou.
Notez vos coups reçus sur la carte avant le premier départ. Ce n’est pas une coquetterie : vous saurez au départ si le trou est un trou à deux points pour vous, et la décision de club s’en trouve changée.
36 points, et les 95 % qui déplacent la barre
Deux points par trou, dix-huit trous : 36. C’est le score de celui qui a joué exactement son handicap. Au-dessus, la journée est bonne, en dessous elle ne l’est pas.
La barre a discrètement monté depuis le WHS, parce que la formule de jeu s’accompagne d’un pourcentage. Les Règles du handicap recommandent 95 % du handicap de jeu pour un stableford individuel dans un champ de 30 à 100 joueurs, et ne suggèrent 100 % que dans les champs plus restreints. Un handicap de jeu de 26 devient ainsi 25 : un coup reçu disparaît sur un trou, et avec lui, certains jours, le point qui séparait la deuxième place de la première. Quand une carte ressemble à 36 et sort à 35 sur la liste des résultats, c’est presque toujours là que le point est passé.
Ramasser sa balle : la règle vous le demande
La règle 21.1 encourage explicitement le joueur à arrêter de jouer un trou dès que son score ne peut plus rapporter de point. En stroke play, le même geste serait une disqualification, puisqu’il faut entrer la balle sur chaque trou. Ici c’est ce que la règle attend, et c’est la raison pour laquelle un champ complet en stableford libère le parcours plus vite que le même champ en stroke play, sans que personne n’ait à précipiter un coup.
Ramasser ne fait pas sortir la carte du système. Le stableford est une formule qualifiante : pour le calcul de l’index, les résultats trou par trou sont retransformés en score, avec un plafond par trou fixé au par net plus deux sur les trous non terminés. Le trou vide dans la colonne des points n’est pas un trou vide dans le calcul.
Ce que le WHS a changé sans que personne le remarque
Avant 2020, le système français calculait l’index à partir d’une conversion en points stableford. Ce n’est plus le cas. Le WHS travaille sur le score brut ajusté, trou par trou, avec un maximum fixé au par net plus deux, et compare ce score à la difficulté du parcours. Le stableford est resté une formule de jeu, au même titre que le stroke play, mais il n’est plus la base du calcul.
La conséquence pratique est contre-intuitive et utile à connaître. Vos 39 points de dimanche ne font pas baisser votre index de trois dixièmes par une règle arithmétique directe : ils produisent un score, ce score produit un résultat du jour, et c’est la moyenne des huit meilleurs des vingt derniers résultats qui bouge, ou ne bouge pas. Une bonne carte isolée peut donc ne rien changer, et ce n’est pas une anomalie.
Où le stableford se joue en France
Ouvrez le calendrier de n’importe quel club français et regardez combien de lignes portent la mention stableford. Les compétitions de sponsors, les coupes du week-end, les séries seniors, les compétitions d’entreprise, les scrambles à étage : la formule est partout, et la ffgolf la présente comme la formule de référence des épreuves de club.
Deux exceptions notables. Le championnat du club est presque toujours un stroke play brut, sans handicap, parce qu’un titre doit récompenser le nombre de coups réellement joués et non le respect d’un handicap. Et les compétitions fédérales qualificatives, les grands prix, les championnats de ligue, se jouent également en stroke play. Autrement dit : le stableford est la formule du plaisir de club et de la régularité, le stroke play reste celle du classement sportif.
Le reste du règlement contient deux formules que presque aucun club français ne programme. Le par/bogey, règle 21.3, est un match play contre le parcours : mieux que le score cible, c’est un plus, égal un demi, moins bien un moins, et le résultat s’écrit plus 2 ou moins 4. C’est précisément la formule qui exaspérait le médecin anglais Frank Stableford à Wallasey, sur la côte de la mer d’Irlande, avant qu’il n’invente ses points, joués pour la première fois le 16 mai 1932. Le score maximum, règle 21.2, plafonne chaque trou à une valeur fixée par le comité et autorise à ramasser à ce plafond. Les deux ne coûtent qu’une ligne dans l’avis de compétition.
Pour la prochaine compétition
Marquez vos coups reçus sur la carte avant de partir. Ramassez dès que le point est perdu, sans vous excuser, puisque la règle le demande. Et exploitez l’asymétrie que les bons joueurs de stableford connaissent : sur un trou où un coup reçu vous protège, le chemin prudent vers deux points vaut d’être protégé, tandis que sur un trou où le point est déjà perdu, il n’y a plus rien à perdre et le drapeau est ouvert.
Pour aller plus loin, notre panorama des formules de jeu en compétition, le guide de votre première compétition de club et notre relevé des règles de golf les plus mal comprises.






