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Technique

Coude du golfeur : signaux d’alarme, rééducation et physio remboursée par la LAMal

Tapis durs, mains froides, grands seaux au simulateur : l'hiver romand est propice au coude du golfeur. Ce tendon surmené guérit presque toujours sans opération, pour peu qu'on repère les signaux d'alarme, qu'on le recharge pas à pas et qu'on passe par le médecin pour que la physiothérapie soit remboursée.

La rédaction Panxis Golf, desk Suisse romande (Loïc Chappuis) · · 9 min
Une femme se tient l'avant-bras juste sous le coude
Photo Kevin Malik / Pexels

En bref

  • L'épicondylite médiale irrite le tendon des fléchisseurs du poignet sur la bosse osseuse interne du coude, côté petit doigt.
  • Fourmillements dans l'annulaire et l'auriculaire, claquement suivi d'un gonflement, coude qui se bloque, douleur nocturne ou aucun progrès en six à huit semaines : consultez avant de vous soigner seul.
  • Le traitement repose sur une charge progressive, des exercices isométriques au travail excentrique ; la cortisone soulage, mais l'effet s'estompe souvent.
  • En Suisse, la LAMal ne rembourse la physiothérapie que sur ordonnance médicale, neuf séances par prescription, après franchise et quote-part ; l'accès direct remboursé n'existe pas.

Fin de saison en Suisse romande : les parties se font plus rares, mais beaucoup de joueurs continuent de taper des balles sur les tapis du practice ou au simulateur, souvent sans s’échauffer et les doigts encore froids. C’est le terrain idéal pour une douleur bien connue des clubs : un point sensible à l’intérieur du coude, qui se réveille quand vous soulevez un pack d’eau ou serrez la main d’un partenaire au départ. On l’appelle le coude du golfeur. Il se soigne presque toujours sans opération, à condition de repérer les signes qui demandent un médecin et d’accepter une rééducation qui se compte en semaines. Voici de quoi vous orienter, jusqu’au remboursement de la physiothérapie en Suisse.

Précision utile : ce texte informe, il ne pose pas de diagnostic, et certains coudes douloureux méritent une consultation rapide.

Ce qui se passe dans votre coude

Posez l’avant-bras sur la table, paume vers le haut. Du côté de l’auriculaire, au coude, vous sentez une petite saillie osseuse : l’épicondyle médial. C’est là que s’ancrent, par un tendon commun, les muscles qui plient le poignet et qui font pivoter la paume vers le bas. Les médecins parlent d’épicondylite médiale, ou d’épicondylalgie médiale.

Le terme en « -ite » laisse croire à une inflammation pure. Dans les formes qui durent, le tendon montre plutôt une usure et une réparation qui patine. On parle alors de tendinopathie. Ce détail change tout pour la suite : un tendon qui ne supporte plus la charge se renforce quand on le recharge progressivement, pas quand on le met au repos complet pendant des mois.

Douleur sur l’extérieur du coude ? Il s’agit plutôt du tennis-elbow, l’épicondylite latérale : même mécanisme, mêmes principes, mais les exercices visent alors les extenseurs du poignet.

Les indices qui doivent vous mettre sur la piste

  • Une douleur précise sur la bosse intérieure du coude, qui peut descendre de quelques centimètres le long de l’avant-bras.
  • Une gêne quand vous serrez fort un objet, quand vous portez une charge paume vers le ciel ou quand vous pliez le poignet contre une résistance.
  • Un coude raide au lever, qui se dégourdit en bougeant puis se plaint à nouveau après l’effort.
  • Sur le parcours, une décharge à l’impact, surtout sur les coups gras, les lies durs ou les tapis.

Le test maison : avant-bras sur la table, paume en l’air, levez la main contre la résistance de l’autre. Si la douleur apparaît à l’intérieur du coude, ce sont très probablement les fléchisseurs. Appuyez ensuite doucement sur l’épicondyle : le point qui fait mal se trouve en général juste dessus ou un peu en dessous.

Les signaux d’alarme : d’abord le médecin

Ne tentez pas de vous soigner seul et prenez rendez-vous rapidement dans les situations suivantes :

  • Fourmillements ou engourdissement de l’annulaire et du petit doigt, ou une main qui perd de la force. Le nerf ulnaire passe juste derrière la face interne du coude, et il peut y être comprimé ou irrité.
  • Un claquement suivi d’un gonflement, d’un hématome, ou une douleur apparue d’un coup après une chute ou un seul coup violent dans une racine.
  • Un coude qui se bloque, qui accroche, ou que vous ne parvenez plus à tendre ou à plier complètement.
  • Une douleur nocturne ou au repos, qui ne varie pas avec les mouvements, surtout avec de la fièvre ou une articulation chaude, rouge et enflée.
  • Aucun progrès après six à huit semaines de soins raisonnables.

L’examen clinique suffit le plus souvent ; l’imagerie n’est demandée que si le tableau ne colle pas.

Pourquoi le golf use ce tendon

Un tendon s’adapte bien plus lentement qu’un muscle, et ce qui le fâche, c’est une charge qui augmente trop vite.

Le pic de volume. Un séjour golfique avec deux parcours par jour, la reprise d’avril après des mois sans club, ou la bonne résolution de vider un grand seau tous les soirs au practice.

Le choc au sol. Un swing très vertical qui plante la tête de club dans un sol dur ou dans un tapis mince renvoie la vibration jusqu’à l’avant-bras. Le tapis ne cède pas comme le gazon, et un hiver passé à frapper dessus suffit parfois à déclencher le problème.

La poignée de fer. Serrer le grip à s’en blanchir les jointures, en particulier avec la main droite pour un droitier, fait travailler les fléchisseurs du début à la fin du geste. Frapper avec la main arrière ou casser les poignets à l’impact charge encore le coude droit.

Tout le reste. Souris, jardinage, tractions à la salle : le tendon additionne tout.

Se soigner : patience et charge progressive

Comptez quelques semaines pour une forme légère, souvent plusieurs mois pour une douleur installée. Les approches les mieux étayées suivent la même logique : apaiser le tendon, puis lui rendre sa capacité.

Un repos relatif. Réduisez ou suspendez ce qui déclenche la douleur, golf compris s’il le faut, mais continuez à utiliser le bras au quotidien. Une règle simple, souvent utilisée en physiothérapie : une activité reste acceptable si la douleur reste faible pendant l’effort et n’est pas plus forte le lendemain matin.

Recharger étape par étape. C’est le cœur du traitement. On commence en général par des exercices isométriques : poignet immobile, vous résistez à une pression pendant trente à quarante-cinq secondes, ce qui calme la douleur chez beaucoup de patients. Viennent ensuite les flexions du poignet avec un petit haltère ou une bouteille remplie, paume vers le haut, en insistant sur la descente lente, trois à quatre secondes : c’est le travail excentrique. Barre souple, préhension et rotations de l’avant-bras avec un marteau complètent le programme. On n’alourdit que lorsque le niveau actuel passe sans douleur.

Froid et anti-inflammatoires, avec mesure. La glace après l’effort et un anti-inflammatoire en vente libre soulagent quelques jours. Ils ne réparent rien. En cas de troubles de l’estomac, des reins ou du cœur, demandez d’abord conseil à votre pharmacien ou à votre médecin.

Le bracelet épicondylien. Porté quelques centimètres sous le coude, il est censé répartir la traction sur le tendon. Certains joueurs s’en trouvent mieux sur le parcours, mais les preuves restent modestes. C’est une béquille, pas un traitement.

Infiltrations et chirurgie. La cortisone peut soulager vite, mais les études, menées surtout sur le tennis-elbow, montrent que l’effet s’estompe et que les rechutes sont fréquentes dans les mois suivants. Les autres injections, comme le plasma riche en plaquettes, ont des résultats contrastés. L’opération reste rare, réservée aux personnes qui n’ont pas progressé après de longs mois de rééducation bien menée.

Continuer à jouer sans aggraver

Arrêter complètement n’est pas toujours nécessaire. Un jeu allégé reste possible tant que la douleur reste discrète et que le test du lendemain matin est bon.

  • Évitez le rough épais et les sorties de racines : en partie amicale, replacez la balle sur le fairway quand les conditions du jour le permettent.
  • Laissez tomber les tapis : travaillez sur l’herbe, et privilégiez le petit jeu et le putting plutôt que les coups pleins.
  • Desserrez les mains : sur une échelle de un à dix, visez quatre, et vérifiez que la main arrière ne fait pas tout le travail.
  • Échauffez les avant-bras : cercles des poignets, étirements doux et quelques demi-swings avant le premier coup complet. Notre routine d’échauffement s’y prête bien.
  • Prenez un chariot plutôt que de porter le sac.

Côté matériel, un grip usé oblige à serrer davantage : le remplacer, éventuellement par un modèle un peu plus épais ou plus souple, aide à la marge, tout comme des manches en graphite qui vibrent moins que l’acier. Rien de cela ne remplace la rééducation.

Prévenir la rechute

  • Montez en charge par paliers. Après une pause, ajoutez séances de practice et parcours sur plusieurs semaines, pas en un week-end.
  • Gardez deux séances d’avant-bras par semaine. Flexions du poignet, préhension et rotations : dix minutes qui valent une assurance.
  • Faites travailler les hanches et le dos. Un swing qui tire sa puissance du bassin et du haut du dos sollicite moins les bras.
  • Soignez le contact. Une leçon pour aplatir l’angle d’attaque et toucher la balle avant le sol protège le coude autant que la carte de score.

Où consulter en Suisse romande, et ce que paie la LAMal

Votre médecin de famille, en premier. C’est lui qui examine le coude, écarte une atteinte du nerf ou de l’articulation et, si nécessaire, vous adresse à un spécialiste. Il délivre surtout l’ordonnance de physiothérapie, qui conditionne le remboursement.

Le physiothérapeute, sur prescription. L’assurance de base (LAMal) ne prend en charge la physiothérapie que si elle est prescrite par un médecin, médicalement nécessaire et effectuée par un physiothérapeute reconnu. Sans ordonnance, les séances sont à votre charge, et une assurance complémentaire n’y change en général rien. Une ordonnance vaut pour neuf séances, et la première doit avoir lieu dans les cinq semaines qui suivent la prescription. Les règles habituelles de participation aux coûts s’appliquent : vous payez d’abord votre franchise, CHF 300 par an pour un adulte au niveau ordinaire, davantage si vous avez choisi une franchise à option, puis une quote-part de 10 % sur les frais qui la dépassent. L’accès direct au physiothérapeute remboursé par l’assurance de base n’existe pas en Suisse : Physioswiss, l’association professionnelle, le défend et a annoncé un projet pilote, mais la prescription reste aujourd’hui indispensable. L’annuaire « Trouver un cabinet » de Physioswiss permet de chercher un cabinet par lieu et par spécialisation.

Swiss Golf et le haut niveau. La fédération a conclu un partenariat médical avec le Balgrist Golf Institute de l’hôpital universitaire Balgrist, à Zurich. Il s’adresse aux joueurs de compétition, pas au golfeur de club.

Votre pro Swiss PGA. La Swiss PGA, l’association des professionnels de golf en Suisse, propose sur son site une recherche « Find a Pro ». Un enseignant ne soigne pas un tendon, mais il repère le swing trop vertical, la main arrière qui domine ou la pression excessive sur le grip. Signalez-lui le coude avant de commencer la leçon.

L’hiver, une chance. En plaine, la saison court d’avril à octobre ; en altitude, elle s’arrête dès la fin de septembre. Profitez de ces mois pour guérir complètement. En indoor à Lausanne ou à Genève, limitez le simulateur tant que le coude proteste : le tapis reste un tapis. Notre article sur l’hiver en indoor en Suisse romande recense les possibilités.

Votre plan sur six semaines

  1. Aujourd’hui : faites le test du poignet et palpez la bosse. Au moindre signal d’alarme, appelez votre médecin avant toute autre chose.
  2. Première semaine : plus de coups pleins ni de tapis, gardez le putting et les chips, commencez les isométriques chaque jour.
  3. Semaines deux à quatre : ajoutez un jour sur deux les flexions lentes du poignet et la barre souple, sans alourdir avant que ce soit confortable.
  4. Semaines quatre à six : reprenez quelques coups pleins sur herbe, mains détendues, et jugez chaque séance au réveil le lendemain.
  5. Ensuite : conservez deux séances d’avant-bras par semaine et montrez votre contact de balle à un pro.

Le coude du golfeur récompense ceux qui acceptent quelques semaines de patience et punit ceux qui jouent des mois à travers la douleur. Fiez-vous au test du lendemain matin, rechargez le tendon pas à pas, et la reprise du printemps se fera sans y penser.

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