Bise, joran, foehn : convertir le vent en clubs sur les parcours romands, du Léman à Crans
Le vent de face ne donne pas d'effet à la balle, il la fait monter et tomber court. Comment traduire les km/h du bulletin en clubs, éviter les trois réflexes coûteux et lire les vents propres à la Suisse romande, jusqu'en altitude.
En bref
- La bise, vent froid et sec de nord à nord-est, est la plus fréquente en avril et en mai.
- Repère pratique : environ six mètres de plus par tranche de 10 km/h de vent de face, trois de moins vent arrière.
- Un club de plus, balle en arrière, swing à trois quarts et finish court gardent la balle basse.
- Le joran d'orage arrive en rafales qui peuvent dépasser 100 km/h, annoncées par des cellules orageuses sur le Jura.
- En altitude, corriger d'abord la distance (environ 6 % à 1'500 mètres), puis le vent.
La bise est un vent froid et sec, de secteur nord à nord-est, qui souffle sur le Plateau suisse et le bassin lémanique. Selon la synthèse que lui consacre Wikipédia, elle domine dans la première moitié de l’année et se montre la plus fréquente au printemps, en avril et en mai, précisément quand les parcours romands rouvrent. Les bises faibles à modérées, de 10 à moins de 40 km/h, sont les plus courantes ; quelques fois par an, on en mesure de 60 à 70 km/h. Autrement dit, le golfeur de plaine qui reprend la saison la reprend souvent avec un vent dans le nez.
Jouer face au vent ne demande pas un autre swing. Cela demande de convertir une vitesse de vent en clubs, de comprendre pourquoi la balle monte et retombe court, et d’éviter trois réflexes qui aggravent tout. Voici la méthode, puis les vents propres à la Suisse romande.
Convertir les km/h du bulletin en clubs
Les prévisions indiquent le vent en km/h. Pour la décision de club, un repère pratique largement utilisé suffit : comptez environ six mètres de longueur de jeu supplémentaire par tranche de 10 km/h de vent de face, et environ trois mètres de moins par tranche de 10 km/h de vent arrière. Ce n’est pas une loi physique mais un ordre de grandeur, qui a le mérite de rappeler l’essentiel : le vent de face coûte davantage que le même vent dans le dos ne rapporte.
Appliqué à une bise modérée, cela donne :
- 10 km/h de face : environ 6 mètres de plus, souvent un demi-club ;
- 20 km/h : environ 12 mètres, un club pour la plupart des joueurs ;
- 30 km/h : environ 18 mètres, souvent deux clubs ;
- 30 km/h dans le dos : environ 9 mètres de moins, un club.
Arrondissez l’estimation du vent par paliers de dix. La précision au kilomètre près n’apporte rien sur le parcours.
Pourquoi la balle monte puis tombe court
Le vent de face n’ajoute pas d’effet à la balle : l’effet rétro est fixé au moment de l’impact. Ce qui change, c’est la vitesse de la balle par rapport à l’air. Face au vent, cette vitesse relative augmente, et avec elle la portance et la traînée. Le même effet rétro fait donc monter la balle plus haut, la maintient plus longtemps en l’air, et laisse au vent davantage de temps pour la freiner. Elle retombe presque à la verticale, avant la cible.
La conclusion pratique découle directement de ce mécanisme. Il faut réduire la hauteur de vol et éviter de produire plus d’effet rétro que nécessaire.
Trois réflexes qui coûtent cher
Forcer. Le réflexe naturel est de répondre au vent par la force : même club qu’un jour calme, swing plus violent. Plus de vitesse de tête sur un club ouvert produit plus d’effet rétro, donc une balle qui monte encore davantage. Un swing forcé décentre aussi plus souvent l’impact et fragilise l’équilibre, déjà mis à l’épreuve par les rafales.
Corriger à moitié. Beaucoup de joueurs prennent un club de plus face au vent comme ils en prennent un de moins avec le vent. Le repère ci-dessus montre que face au vent, la correction doit être plus forte. Un vent de 30 km/h demande souvent deux clubs, pas un.
Mal lire le vent. La zone de départ entourée d’arbres ou le green niché dans un creux donnent une information trompeuse : l’air y paraît calme alors qu’il circule nettement plus haut, là où la balle passera. Une poignée d’herbe lancée en l’air renseigne sur ce qui se passe au ras du sol. Regardez plutôt la cime des arbres, le drapeau le plus exposé visible et le déplacement des nuages. En cas de contradiction, fiez-vous aux indices les plus élevés.
Le coup bas, en quatre réglages
- Un ou deux clubs de plus, selon le vent, pour pouvoir swinguer sans forcer.
- La balle un peu plus en arrière dans le stance, et la main légèrement plus bas sur le grip.
- Le poids un peu plus sur le pied avant, et un stance légèrement plus large pour la stabilité.
- Un swing à trois quarts, avec un finish court, les mains pas plus haut que la poitrine. C’est ce finish raccourci qui limite la hauteur et l’effet.
Réduisez la hauteur en prenant un club moins ouvert, pas en fermant la face avec les mains. Chercher à fabriquer une balle basse avec un wedge produit souvent un coup incontrôlé.
Une précision sur les courbes : le vent de face accentue la courbe habituelle de la balle. Un fade ou un draw qui dévie peu par temps calme dévie beaucoup plus dans la bise. Visez là où le vent et votre courbe déposeront la balle. Par vent de travers, laissez la balle dériver avec le vent plutôt que de tenter de la tenir contre lui, ce qui demanderait justement plus d’effet.
Où et quand soufflent les vents de la Suisse romande
La bise, décrite plus haut, est le vent de référence du Plateau et du bassin lémanique. Ses épisodes les plus durables s’observent entre novembre et mars, et elle se fait plus rare en été. Les épisodes d’un jour et demi à deux jours sont les plus fréquents : une bise lue sur les premiers trous a toutes les chances de souffler encore au dix-huitième, et se retrouve trou après trou selon leur orientation.
Le joran désigne les vents de nord-ouest qui descendent du Jura sur le Léman, le lac de Neuchâtel et le lac de Bienne. Wikipédia en distingue plusieurs formes. Le joran de beau temps, une brise de pente qui souffle en fin d’après-midi et la nuit, surtout en été, est plutôt régulier. Le joran d’orage est imprévisible : il arrive en front de rafales brusques et fortes, précédé par la formation de cellules orageuses sur les crêtes du Jura, et peut dépasser 100 km/h. Sur un parcours proche de ces lacs, des nuages d’orage qui se forment sur la crête sont un signal pour surveiller la suspension du jeu, pas seulement pour changer de club.
Le foehn est un vent sec et chaud de secteur sud, qui souffle en général en automne et à la fin de l’hiver. Il rend la distance moins prévisible : le jour où il souffle par rafales, jouer un peu court du drapeau et privilégier le centre des greens limite les dégâts.
En altitude, deux effets à séparer
Sur un parcours de montagne, l’air moins dense fait voler la balle plus loin. Selon une mesure de Titleist reprise par GOLF.com, la portée augmente d’environ 1,2 % par tranche de 1’000 pieds, soit à peu près 6 % vers 1’500 mètres, l’altitude de Crans-sur-Sierre. Le même air moins dense exerce aussi une force moindre sur la balle quand il se déplace : à vitesse égale, un vent de face y freine un peu moins la balle qu’en plaine.
La méthode consiste à traiter les deux effets séparément. Corrigez d’abord la distance pour l’altitude, puis appliquez la correction de vent, en sachant que le repère de plaine peut surestimer légèrement l’effet du vent en station. Le joueur qui monte à Crans avec ses habitudes de bise lémanique a plus de chances de passer le green que de rester court.
Autour du green et sur le green
Face au vent, une balle levée retombe plus verticalement et s’arrête plus vite ; vent dans le dos, elle roule davantage. Pour le petit jeu, cela plaide souvent pour la balle roulée : un chip bas avec un fer moyen passe moins de temps dans l’air, là où le vent agit. Sur les greens exposés, un vent soutenu peut faire dévier une balle lente sur la fin de sa course : écartez un peu les pieds pour la stabilité et gardez un geste court et ferme avec le putter.
La Règle 9.3 s’applique quand le vent déplace une balle au repos : pas de pénalité, et la balle se joue de son nouvel emplacement. Exception sur le green : si la balle avait déjà été relevée et replacée, elle doit être replacée à son emplacement d’origine. D’où l’intérêt, par grand vent, de ne marquer et replacer sa balle qu’au moment de jouer.
S’entraîner avec le vent plutôt que contre lui
La plupart des golfeurs attendent un jour calme pour aller au practice. C’est l’inverse qui est utile : c’est par jour de vent que l’on apprend ce que fait réellement sa balle. Au Golf Parc Signal de Bougy, le practice compte 60 places, dont 22 couvertes : un jour de bise, préférez une place non couverte, où le vent agit sur toute la trajectoire, et tapez une série de balles basses avec un club de plus.
Sur le parcours, un conseil de la page « Bon à savoir » du Golf Club Crans-sur-Sierre prend tout son sens par vent fort : mémorisez les zones de retombée des balles à l’aide de repères fixes, comme les arbres. Une balle poussée par une rafale finit souvent plus loin qu’on ne le pense, et un repère fixe évite des recherches inutiles.
Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs cités.
La liste pour le prochain jour de bise
- Lire le vent en km/h, arrondir par dizaines, et ajouter environ six mètres par tranche de 10 km/h de face.
- Prendre le club supplémentaire et swinguer à trois quarts, finish court.
- Lire le vent sur les cimes et les drapeaux exposés, pas au ras du sol.
- En montagne, corriger l’altitude d’abord, le vent ensuite.
- Près des lacs jurassiens, surveiller les orages qui se forment sur les crêtes du Jura.
Le joueur qui prend un club de plus et swingue plus doucement rentre d’une partie ventée avec une carte présentable. Celui qui garde son club et force passe l’après-midi dans les bunkers qui gardent l’avant des greens.
Sources consultées le 17.09.2026 : articles de Wikipédia sur la bise, le joran et le foehn, GOLF.com pour l’étude Titleist sur l’altitude, pages du Golf Parc Signal de Bougy et du Golf Club Crans-sur-Sierre, Règles de golf R&A (Règle 9.3).






