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Technique

Piquets, birdiebook et slope : lire la carte d’un parcours romand, de Lausanne à Crans

La carte d'un parcours ne sert pas qu'à trouver le départ suivant : elle montre où un raté coûte un coup. Encore faut-il savoir d'où et jusqu'où mesurent les chiffres, car en Suisse le code des repères change d'un club à l'autre. Cinq éléments à repérer sur chaque trou, la méthode pour construire un par 4 depuis le green, ce que disent Course Rating et Slope, et pourquoi la montagne fausse vos portées.

La rédaction Panxis Golf, desk Suisse romande (Loïc Chappuis) · · 9 min
Parcours de golf vu d'en haut, greens, bunkers et plans d'eau entre les arbres
Photo lil artsy / Pexels

En bref

  • Pas de code couleur unique en Suisse : à Lausanne, des piquets verts marquent 135 mètres jusqu'à l'entrée du green ; à Sedrun, blanc 150 et rouge 100 jusqu'au milieu.
  • Un repère à 100 mètres de l'entrée avec un drapeau au fond d'un green de 30 mètres, c'est un coup de 130 mètres.
  • La carte de score donne Course Rating et Slope par départ : handicap index fois Slope divisé par 113, plus Course Rating moins par.
  • À Crans-sur-Sierre, à 1'500 mètres d'altitude, le drive gagne une dizaine de mètres : le piquet reste juste, c'est votre portée qui change. Une première partie en altitude mérite dix minutes de carte la veille.

La plupart des golfeurs regardent la carte d’un parcours comme le plan du métro d’une ville visitée le temps d’un week-end : assez pour trouver la prochaine station, jamais assez pour comprendre le réseau. Le schéma au dos de la carte de score, le panneau du départ, le birdiebook, l’application du téléphone disent pourtant bien plus que la forme du trou. Bien lus, ils vous montrent où le trou vous permet de le rater.

Une carte ne rend pas votre swing meilleur. Elle vous évite d’envoyer un bon swing à l’unique endroit où il coûte un coup, et pour un golfeur qui tourne autour de 95, cela vaut plus que tout ce qu’il changerait au practice ce mois-ci.

Ce que la carte vous dit vraiment

Quatre sortes de cartes circulent, et elles ne disent pas la même chose. Le schéma de la carte de score est un croquis, rarement à l’échelle. Le panneau du départ reprend souvent ce croquis en plus grand, avec la longueur depuis chaque couleur de départ. Le birdiebook, ou carnet de parcours, est dessiné d’après un relevé, à l’échelle, avec les distances pour atteindre et franchir bunkers et plans d’eau. Un écran GPS, enfin, se superpose à une image satellite et mesure depuis l’endroit où vous vous tenez.

Avant de croire un chiffre, posez deux questions. Mesuré depuis où ? Le panneau compte depuis une plaque fixe, et les marques de départ ont pu bouger de dix mètres le matin même. Mesuré jusqu’où ? En Suisse, la réponse change d’un club à l’autre, parfois d’un repère à l’autre sur le même parcours. C’est la ligne la plus coûteuse à sauter.

Cinq choses à repérer sur chaque trou

  • Votre zone de chute. Prenez votre vraie portée avec le club prévu, pas le meilleur drive de la saison. Qu’y a-t-il à cette distance : fairway, bunker, zone à pénalité, dogleg que vous allez traverser ?
  • La largeur à cette distance. Le fairway peut faire 40 mètres à 180 mètres du départ et 23 mètres à 230. C’est souvent le meilleur argument pour un club plus court.
  • Les lignes qui coûtent des coups. Les piquets blancs marquent le hors limites : coup et distance. Les rouges et les jaunes marquent des zones à pénalité, avec un coup de pénalité pour se dégager. Hors limites serré d’un côté, zone à pénalité de l’autre : la carte vient de vous dire où jouer.
  • La profondeur et la forme du green. Un green profond de 32 mètres, c’est deux ou trois clubs d’écart selon le drapeau. Un green en haricot avec un bunker dans le creux, ce sont deux petites cibles.
  • Le côté court. Rater du côté sans bunker, avec du green pour travailler, c’est un bogey au pire. Rater de l’autre côté, c’est ainsi que naissent les doubles.

Atteindre, franchir, entrée, fond

Un bon carnet donne deux chiffres par obstacle, et les confondre est la façon la plus sûre de trouver le bunker qu’on voulait survoler. Atteindre, c’est le bord avant ; franchir, le bord arrière. Sur un bunker de fairway, l’écart dépasse souvent 20 mètres. Si votre drive porte à 200 mètres et que le bunker est à 188 pour l’atteindre et 208 pour le franchir, vous visez droit dedans.

Les greens fonctionnent pareil. Un trou à 140 mètres du centre peut être à 127 de l’entrée et à 152 du fond. Drapeau devant, le chiffre du centre est un club de trop ; drapeau au fond, un club de moins.

Construire le trou à l’envers, depuis le green

Décidez d’où vous voulez jouer votre approche, puis remontez jusqu’au départ.

Prenez un par 4 de 355 mètres. Bunker de fairway à gauche, à 210 mètres pour l’atteindre et 235 pour le franchir ; zone à pénalité le long de la droite, de 215 à 255 mètres ; green profond de 27 mètres, bunker court à gauche. Le driver semble le club naturel. C’est aussi celui qui met les deux obstacles en jeu.

Votre approche pleine la plus fiable, c’est un fer 9 à environ 125 mètres. Pour la laisser, le coup de départ doit parcourir 230 mètres, précisément là où les deux obstacles se resserrent. Un hybride à 185 mètres laisse 170 mètres, une longue approche, mais depuis la partie la plus large du fairway. Un bois 3 à 205 mètres laisse 150 mètres et un fer 6, depuis un point juste avant le bunker. La carte a transformé un driver plein d’espoir en choix entre deux clubs raisonnables, et elle vous dit de viser la moitié droite du green.

Faire de la carte la vôtre

  • Inscrivez sur chaque départ votre portée au driver, au bois 3 et à l’hybride.
  • Entourez les endroits où un raté coûte un coup, avec une flèche vers le côté sûr.
  • Notez sur chaque par 4 et par 5 votre distance d’approche préférée.
  • Après chaque partie, posez un point là où vos coups de départ ont fini. Trois tours plus tard, les points disent de quel côté vous ratez vraiment.

Les Règles l’autorisent. Les notes manuscrites sont permises, tant que vous ne reproduisez pas une carte détaillée des pentes du green. Depuis le 1er janvier 2019, l’USGA et le R&A limitent les images de green utilisées pendant un tour à l’échelle 1:480, soit environ 1 cm pour 4,8 m, ou plus petite ; les guides traditionnels montrant le contour et les pentes générales restent admis. Télémètre et GPS sont permis sauf si le comité a adopté la règle locale qui les interdit (Model Local Rule G-5), mais la fonction qui mesure le dénivelé doit être désactivée. Première infraction, pénalité générale ; seconde dans le même tour, disqualification.

Les erreurs courantes

  • Prendre le chiffre du centre pour celui du drapeau. Un club perdu sur chaque drapeau devant ou au fond.
  • Lire le mauvais départ. Les schémas indiquent souvent la longueur depuis les départs du fond.
  • Se fier à une vieille carte. Bunkers comblés, arbres tombés, départs déplacés : un vieux carnet se trompe là où cela compte.
  • Planifier pour son meilleur coup. Utilisez la portée atteinte sept fois sur dix. La carte protège les trois autres.

Où lire les bonnes distances sur un parcours romand

Commencez par les repères du fairway, et oubliez les habitudes prises ailleurs : il n’existe pas de code couleur unique en Suisse. Au Golf Club de Lausanne, des piquets verts en bordure de fairway indiquent 135 mètres jusqu’à l’entrée du green, et les distances des bouches d’arrosage sont aussi mesurées depuis l’entrée. Au Golf de Noas, un 9 trous de montagne à Chermignon, les distances des départs vont au milieu du green, mais les marques du parcours s’arrêtent à l’avant-green. Aux Grisons, le Golfclub Sedrun met du blanc à 150 mètres et du rouge à 100 mètres, jusqu’au milieu du green. Ailleurs, les mêmes couleurs peuvent valoir d’autres distances : lisez les règles locales avant le premier départ.

La question de l’entrée compte plus qu’il n’y paraît. Si le repère annonce 100 mètres jusqu’à l’entrée et que le drapeau est au fond d’un green profond de 30 mètres, vous jouez 130 mètres : trois clubs d’écart.

La carte de score porte ce qui sert au handicap. La Suisse applique le World Handicap System depuis 2021 : pour chaque couleur de départ, la carte indique le Course Rating, score attendu d’un joueur scratch, et le Slope Rating, difficulté relative pour un joueur bogey, entre 55 et 155, 113 correspondant à un parcours standard. Handicap de parcours : handicap index multiplié par Slope divisé par 113, plus Course Rating moins par. Beaucoup de clubs publient des tableaux qui évitent le calcul ; Lausanne en propose pour les 18 trous, l’aller et le retour. Ces valeurs bougent : au GP Golf de Payerne, la réévaluation par Swiss Golf a donné un Course Rating un peu plus bas qu’il y a dix ans, et le club a revu l’ordre de difficulté des trous d’après plus de 20’000 tours de compétition.

Les règles locales disent aussi où sont le hors limites, les zones de drop et les zones de jeu interdit ; à Lausanne, elles protègent en plus de jeunes arbres. Ces lignes décident souvent du côté à privilégier plus que le dessin.

Pour le carnet, le mot courant en Suisse est birdiebook. GolfersChoice, à Wangen (SZ), en réalise chaque année à l’échelle pour ses clubs partenaires, alémaniques pour la plupart ; demandez à l’accueil si votre club en vend un. Le numérique progresse : Swiss Golf citait en 2023 l’application gratuite GLFR by Ingenium et SkyCaddie, payante, qui mesurent depuis votre position et gardent vos notes. Si votre voiturette a un écran, posez-lui la même question qu’au carnet : connaît-il le drapeau du jour, ou seulement le milieu du green ?

Reste la montagne, où la carte trompe le plus. Le parcours Severiano Ballesteros de Crans-sur-Sierre est à 1’500 mètres d’altitude, le Golf Club Villars à environ 1’600 mètres. L’air y est moins dense et la balle vole plus loin : des mesures TrackMan rapportées par Golf.com donnent au drive environ 2,5 yards de plus par tranche de 1’000 pieds, soit une dizaine de mètres à l’altitude de Crans. Le piquet reste juste ; c’est votre portée qui change. Ajoutez les coups qui plongent vers un green ou remontent vers un plateau, que ni croquis ni satellite ne montrent. Avec un green fee qui monte jusqu’à CHF 184 en haute saison à Crans, une première partie en altitude mérite dix minutes de carte la veille : notez si chaque coup de départ monte ou descend, et jouez les premiers trous prudemment, le temps d’étalonner vos distances.

Une routine de trente secondes à chaque départ

  • Vérifiez votre départ, et si les chiffres vont au centre ou à l’entrée du green.
  • Trouvez votre vraie portée sur la carte, ce qui s’y trouve et la largeur du trou.
  • Repérez hors limites et zones à pénalité, et choisissez le côté à privilégier.
  • Choisissez votre distance d’approche idéale et le club de départ qui la laisse.
  • En montagne, corrigez pour l’altitude et la pente, puis notez le côté court du green.

Cinq questions, trente secondes, dix-huit trous. Pour aller plus loin, lisez notre article sur la gestion de parcours, en plaine comme en altitude, et si vous hésitez sur l’appareil, laser ou GPS : lequel vous fait gagner des coups. Pour choisir les départs d’où planifier, voyez depuis quels départs jouez-vous vraiment. Panxis Golf n’entretient aucune relation commerciale avec les clubs, sociétés et applications cités ici.

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