Herbe haute, prairies protégées et balle au fond : sortir du rough sur un parcours romand
Au Golf de Lavaux, trois hectares d'herbe haute sont interdits aux joueurs, même pour chercher une balle. Ailleurs, le rough se joue, mais rarement comme on le croit : la position de la balle décide du club, et la sortie vers l'herbe rase sauve le trou.
En bref
- Shot Scope : depuis 55 à 90 mètres, la balle finit en moyenne à 12 mètres du trou depuis le fairway, 14 depuis le rough.
- Balle deux ou trois centimètres en arrière, 60 % du poids devant, grip ferme : le loft sort la balle, pas l'hybride.
- Trois minutes de recherche, balle replacée sans pénalité si vous la bougez en cherchant, balle injouable pour un coup.
- Piquets rouges à sommet vert à Lavaux : zone de jeu interdit, dégagement obligatoire selon la règle 17.1e.
Au Golf de Lavaux, trois hectares du parcours sont des zones écologiques où personne n’a le droit de mettre un pied, même pour récupérer une balle, et une vingtaine d’hectares de forêt et de prairie à entretien limité bordent les zones de jeu. Ces lisières d’herbe haute sont voulues, fauchées tard, sans eau ni engrais, et elles avalent les balles déviées de dix mètres.
Ces herbes hautes ne ruinent pas une carte à elles seules. Le trou se perd presque toujours au coup d’après, quand le joueur regarde le drapeau, sort un fer 7 et attrape une touffe qui laisse la balle trente mètres plus loin, encore plus enfoncée. Ce qui suit porte sur ce deuxième coup : lire la position, choisir le club qu’elle permet, connaître les règles qui s’appliquent, et reconnaître les zones où il n’y a tout simplement rien à jouer.
Le vrai coût du rough, mesuré sur des parties d’amateurs
La peur du rough dépasse largement ce qu’il coûte, et c’est précisément cette peur qui pousse aux coups de sauvetage insensés. Shot Scope, qui enregistre les coups de golfeurs amateurs sur le parcours, a mesuré la distance moyenne au trou après une approche jouée entre 55 et 90 mètres environ. Depuis le fairway, la balle finit en moyenne à un peu plus de 12 mètres du trou. Depuis le rough, à 14 mètres. Depuis un bunker, à 17 mètres.
Deux mètres de plus que depuis l’herbe courte : voilà le prix réel d’une balle jouable dans l’herbe haute, à condition d’en sortir proprement. Le même relevé souligne qu’une balle jouée du rough roule en général davantage à l’arrivée, ce qui explique une partie de l’écart.
La facture explose ailleurs. Un coup qui ne parcourt que quelques dizaines de mètres et reste dans l’herbe coûte un coup entier, et souvent un deuxième. Les joueurs qui tiennent leur score dans ces situations ne réussissent pas de miracles : ils refusent simplement de jouer le coup qui a une chance sur trois de rester dedans.
Avant le club, regardez comment la balle repose
Approchez-vous sans rien écraser et observez la balle, pas le green. Trois cas couvrent presque tout.
Elle tient sur le haut de l’herbe. On voit du jour sous la balle. C’est le cas le plus favorable et le plus trompeur : il ressemble à un coup de fairway, mais des brins se glissent quand même entre la face et la balle, l’effet rétro diminue et la balle roule plus loin après l’atterrissage.
Elle est à mi-hauteur. La moitié supérieure est visible. C’est la situation la plus courante. Un club ouvert passe, un club long accroche, et la balle partira plus bas que d’habitude avec peu d’effet.
Elle est au fond. Vous savez où elle est parce que vous l’avez vue tomber. Oubliez la distance au drapeau. La seule question utile : par où un seul coup ramène-t-il la balle sur de l’herbe rase ?
Regardez ensuite le sens de l’herbe. Couchée vers la cible, elle laisse glisser le club. Couchée vers vous ou en travers de la ligne, elle s’enroule autour du col, freine la tête et referme la face avant l’impact. Cette lecture vaut davantage que le chiffre du télémètre.
Choisir la sortie, pas l’exploit
Posez-vous une seule question avant de prendre un club : quel est le mauvais résultat probable de ce coup, et que me coûte-t-il ? Balle à mi-hauteur, 140 mètres du green. Avec un fer 7, le mauvais résultat probable est une balle accrochée qui avance de cinquante mètres et reste dans l’herbe. Avec un pitching wedge vers la partie la plus large du fairway, c’est une balle sur l’herbe rase à une distance de coup plein. Le wedge n’est pas un aveu de faiblesse : c’est le coup dont l’échec coûte le moins.
Visez la sortie la plus large, même si elle est latérale. Un fairway plat à vingt mètres sur le côté vaut mieux qu’une trouée entre deux arbres dans la direction du trou. Un bogey propre se construit à partir de là.
Trois réglages d’adresse pour toucher la balle avant l’herbe
Le club doit descendre plus verticalement que depuis le fairway, pour rencontrer la balle avant de traverser trop de végétation.
- Balle un peu en arrière, de deux ou trois centimètres. L’angle d’attaque devient plus raide et le point bas du swing se déplace vers l’avant.
- Poids sur le pied avant, environ 60 % au départ, et il y reste. Un poids qui recule fait entrer le club dans l’herbe bien avant la balle.
- Face légèrement ouverte et grip plus ferme, en descendant d’un centimètre sur le manche. L’herbe va refermer la face à l’impact : partir un peu ouvert permet d’arriver droit, et un grip mou se fait tordre.
Puis engagez de la vitesse. Dans l’herbe épaisse, le réflexe est de guider le club, donc de le ralentir, et un club qui ralentit s’arrête dans la première touffe. Armez les poignets un peu plus tôt, frappez vers le bas et acceptez une balle plus basse et plus courte. Depuis une balle vraiment au fond, jouez un coup proche d’une sortie de bunker sans sable : entrée raide, frappe franche, et une cinquantaine de mètres comme objectif.
Le bon club est celui qui a du loft
C’est l’ouverture de la face qui extrait la balle. Du fer 9 aux wedges, les clubs ont assez de loft pour la faire monter et un manche assez court pour contrôler l’endroit où la tête touche le sol.
L’hybride mérite une mise en garde. Dans une herbe légère, sa semelle arrondie glisse bien et il fait décoller la balle facilement. Dans une herbe épaisse, son manche plus long aplatit le swing et l’herbe qui s’accroche au col referme la face : la balle part basse et à gauche. Les longs fers font encore moins bien, puisqu’ils demandent un contact net que la position a déjà rendu improbable.
Seule exception pour un bois de parcours : une balle qui tient franchement sur le dessus de l’herbe peut être balayée. Dès qu’une partie de la balle se trouve sous la surface de l’herbe, rangez-le.
Balle qui file et herbe mouillée : deux pièges opposés
Depuis une herbe courte à moyenne, un peu de végétation coincée entre les rainures et la balle supprime l’effet rétro. La balle part plus bas, plus vite, vole plus loin que prévu et ne s’arrête pas sur le green. Prenez un club de moins et visez l’entrée du green plutôt que le drapeau. En montagne, cet effet s’ajoute à celui de l’air moins dense : selon une étude de Titleist reprise par GOLF.com, la balle porte environ 1,2 % plus loin par tranche de 1’000 pieds d’altitude, soit à peu près 6 % à 1’500 mètres, l’altitude de Crans-sur-Sierre ou du parcours des Moulins à Verbier.
L’herbe mouillée fait l’inverse. L’eau alourdit la végétation et accentue la fermeture de la face. Après une rosée d’automne ou une nuit de pluie, prenez un club de plus, serrez davantage, et baissez l’objectif d’un cran : l’attaque du green devient une balle sur l’avant du green, la sortie ambitieuse devient un retour sur le fairway.
Chercher, identifier, déclarer la balle injouable : ce que disent les Règles
Vous avez trois minutes de recherche (règle 18.2a). Passé ce délai, la balle est perdue et vous rejouez de l’endroit du coup précédent avec un coup de pénalité. Une balle provisoire annoncée comme telle avant d’aller chercher la première évite l’aller-retour, et le club de Crans le rappelle sur sa page « Bon à savoir ».
Pendant la recherche, deux règles vous protègent. Si vous déplacez accidentellement votre balle en la cherchant, vous la replacez sans pénalité (règle 7.4). Et vous pouvez la relever pour l’identifier, après avoir marqué son emplacement (règle 7.3).
Une règle vous limite. Vous n’avez pas le droit d’améliorer la position de la balle, votre stance, la zone de votre swing ou votre ligne de jeu (règle 8.1a) : aplatir l’herbe derrière la balle, tasser la végétation avec des swings d’essai tout près ou plier des tiges coûte la pénalité générale, soit deux coups en stroke play. Les swings d’essai se font donc à l’écart.
Enfin, la décision que peu de joueurs osent prendre. Partout sauf dans une zone à pénalité, vous seul pouvez déclarer votre balle injouable (règle 19). Contre un coup de pénalité, trois options : rejouer de l’endroit du coup précédent, dropper en arrière sur la ligne qui relie le trou à la balle, ou dropper dans les deux longueurs de club, pas plus près du trou. Une pénalité suivie d’un coup plein depuis l’herbe rase donne souvent un bogey. Deux coups ratés dans l’herbe donnent souvent un sept.
Quand l’herbe haute est une zone de jeu interdit
Toutes les herbes hautes ne sont pas du rough. Les parcours suisses sont poussés à protéger davantage de surfaces : la stratégie « Golf Course 2030 Switzerland » citée par le Golf de Lavaux prévoit que d’ici 2027, tous les clubs affiliés à Swiss Golf soient certifiés GEO ou ISO 14001, ou aient inscrit le développement durable dans leurs statuts. Lavaux a reçu sa certification GEO le 27 septembre 2023, 39e parcours suisse certifié.
Sur ce parcours, les zones écologiques sont signalées par des piquets rouges à sommet vert. Le règlement local interdit d’y pénétrer, même pour récupérer une balle, et impose un dégagement selon la règle 17.1e. Dans ce cas, pas de recherche de trois minutes ni de coup héroïque : le dégagement est la seule option. Lisez les règles locales au dos de la carte avant de partir, pour savoir quelles herbes hautes se jouent et lesquelles sont interdites.
La page sur les zones à pénalité et les piquets à sommet vert détaille les procédures, et celle sur l’entretien des parcours suisses explique pourquoi ces prairies se multiplient.
Où travailler ce coup en Suisse romande
Les practices tapent sur des tapis ou sur une herbe tondue ras, donc presque personne ne s’entraîne à sortir de l’herbe haute avant le jour où cela compte. Quelques pistes concrètes existent pourtant autour du Léman et en Valais.
Le Golf Parc Signal de Bougy, à 720 mètres d’altitude, dispose de deux zones d’entraînement sur herbe en plus de ses soixante places de practice, et son driving range est en accès libre. Sur herbe, vous pouvez au moins travailler l’adresse décrite plus haut, balle en arrière et poids devant, avec un vrai contact avec le sol.
Pour la situation réelle, rien ne remplace un parcours court en fin de journée, quand personne ne suit. Le 6 trous de Lavaux (637 mètres, par 18) coûte CHF 45 en haute saison. Le parcours des Moulins à Verbier, par 54, est à CHF 35. Le golf public de Noas, neuf trous de montagne à Chermignon-d’en-Bas, applique depuis le 27 août un tarif réduit dès 16 h. Si le terrain est libre derrière vous et que l’accueil l’accepte, lancez une deuxième balle dans l’herbe au bord du fairway et jouez-la avec la méthode décrite ici. Laissez passer toute partie qui arrive.
Un dernier conseil pratique : ne prenez jamais de divots d’entraînement dans une zone en cours de regarnissage ou dans une zone signalée comme écologique. Le Golf de Lavaux rappelle que la gamme de produits phytosanitaires autorisés en Suisse ne cesse de se réduire : une plaque arrachée se répare avec du temps, pas avec un traitement.
Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs et organismes cités.
À emporter sur le parcours
- Regarder la balle avant le drapeau : sur le dessus, à mi-hauteur, ou au fond.
- Choisir le coup dont le mauvais résultat reste sur l’herbe rase, souvent un wedge vers la partie large du fairway.
- Balle deux ou trois centimètres en arrière, 60 % du poids devant, grip ferme, et de la vitesse.
- Herbe mouillée : un club de plus. Balle qui file depuis une herbe légère : un club de moins, et encore moins en altitude.
- Lire les règles locales : une herbe haute délimitée par des piquets à sommet vert ne se joue pas, elle se quitte par un dégagement.
Le rough ne devient jamais agréable. Il devient gérable dès qu’on cesse de lui demander un coup qu’il ne peut pas donner.
Sources consultées le 17.09.2026 : Shot Scope (distances converties en mètres), Règles de golf du R&A, pages zones écologiques et certification GEO du Golf de Lavaux, Migros Golf, GOLF.com.






