S’améliorer sans cours : l’application Golf Canada, les normales 3 et un plan de six semaines
Certains golfeurs québécois retranchent des coups sans jamais suivre de cours, d'autres frappent des seaux tout l'été sans que leur pointage bouge. La différence tient à ce qu'on pratique, pas au temps qu'on y met.
En bref
- L'application Golf Canada, gratuite, permet d'inscrire son pointage trou par trou avec les coups roulés, les pénalités et les sauvegardes en fosse de sable.
- Selon Mark Broadie, 40 % de l'écart entre un golfeur de 90 et un golfeur de 80 vient des coups d'approche vers le vert, 17 % des coups à moins de 100 verges.
- L'adhésion individuelle de Golf Québec, accessible sans être membre d'un club, donne accès à la carte de pointage numérique et au calcul de l'index de handicap.
- Une seule correction pendant trois semaines, jugée à la vidéo et à la marque d'impact, puis une leçon si le défaut persiste.
Il reste quelques semaines de golf au Québec avant que les terrains ne ferment, et c’est souvent à ce moment-là qu’on fait le bilan : l’index de handicap a-t-il bougé depuis mai ? Pour bien des golfeurs, la réponse est non, malgré des dizaines de seaux frappés au champ de pratique. D’autres, sans jamais suivre de cours, ont retranché plusieurs coups à leur moyenne. Ce qui les distingue tient en trois choses : ils savent où ils perdent leurs coups, ils se regardent jouer au lieu de se fier à leurs sensations, et ils s’en tiennent à une seule correction assez longtemps pour qu’elle rentre. Voici la marche à suivre, et les pièges à éviter.
Entendons-nous : rien ici ne remplace un bon professionnel, qui peut vous faire gagner une saison entière. Notre article sur la façon de profiter de ses leçons explique comment en tirer le maximum. Mais les cours coûtent cher, l’horaire ne s’y prête pas toujours, et la majeure partie du progrès se fait de toute façon entre deux leçons.
Première étape : tenir ses statistiques
Laissé à lui-même, le golfeur pratique ce qui l’amuse, c’est-à-dire le bois no 1. Avant de modifier quoi que ce soit, mieux vaut savoir où les coups s’envolent. Nul besoin d’un radar : un crayon et votre carte de pointage font l’affaire.
Pendant cinq rondes, inscrivez à chaque trou si votre coup de départ est resté en jeu, si vous avez atteint le vert en coups réglementaires, combien de coups d’approche vous avez joués à moins de 50 verges du drapeau, et combien de coups roulés il vous a fallu. Marquez aussi chaque coup de pénalité. Au bout de ces cinq rondes, le portrait se dessine de lui-même : le golfeur qui cumule 38 coups roulés et trois pénalités par ronde n’a pas le même problème que celui qui atteint huit allées mais seulement deux verts.
Pour mettre ces chiffres en perspective, Mark Broadie, professeur à la Columbia Business School et concepteur des statistiques de coups gagnés qu’utilise aujourd’hui le circuit de la PGA, a comparé dans son livre Every Shot Counts (2014) les golfeurs qui jouent 90 et ceux qui jouent 80. Environ 40 % de l’écart provient des coups d’approche vers le vert, 28 % des coups de départ, 17 % des coups joués à moins de 100 verges et 15 % des coups roulés. Le long jeu pèse donc plus lourd que ne le laisse entendre la maxime voulant que le coup de départ serve au spectacle. Mais il s’agit de moyennes : vos cinq rondes à vous indiquent par où commencer, et chez beaucoup de golfeurs à handicap élevé, les coups les plus faciles à retrancher sont encore les pénalités et les trois coups roulés sur un même vert.
Voir son élan de l’extérieur
L’apport principal d’un professionnel, ce n’est pas un truc, c’est un œil extérieur. Ce que vous ressentez et ce que vous faites diffèrent presque toujours. Trois outils permettent de combler une partie de cet écart.
La vidéo au cellulaire. Un petit trépied à la hauteur des hanches suffit. Filmez de face, perpendiculairement à la poitrine, puis dans l’axe de la cible, derrière vos mains. Replacez le trépied au même endroit chaque fois, sinon vous ne pourrez rien comparer. Le ralenti est utile. Concentrez-vous sur peu d’éléments : la posture à la prise de position et à l’impact, l’orientation du bâton au sommet de la montée, les déplacements de la tête et des hanches. Tournez une première vidéo avant tout changement, pour avoir un point de repère.
La lecture du vol de balle. La direction initiale de la balle dépend surtout de l’orientation de la face au moment de l’impact, et sa courbe, de l’écart entre la face et la trajectoire du bâton. Une balle qui part à gauche et tourne encore plus à gauche révèle une face fermée par rapport à une trajectoire déjà orientée vers la gauche. Une balle qui part à droite pour finir en crochet extérieur révèle une face ouverte par rapport à la trajectoire. Cette clé unique met de l’ordre dans bien des conseils contradictoires.
La marque d’impact. Du ruban d’impact, ou une mince couche de poudre pour les pieds en aérosol sur la face, indique où la balle a été frappée. Les coups pris sur le talon ou la pointe font perdre plus de verges que la plupart des défauts d’élan. Sur le gazon, examinez la motte : elle devrait commencer juste après l’emplacement de la balle et pointer à peu près vers la cible.
Si vous pouvez utiliser un radar personnel, il ajoutera des données à tout cela. C’est un complément, pas une obligation.
Une correction, puis de la patience
La faute la plus courante chez le golfeur autodidacte : visionner une capsule le lundi, l’essayer le mardi, rater trois coups et passer à une autre capsule le jeudi. Après une saison de ce régime, vingt corrections essayées, aucune gardée.
Choisissez plutôt une seule correction, liée au problème que vos statistiques ont fait ressortir, et écrivez-la en une phrase : « prise tournée un peu plus vers la droite », « terminer l’élan avec le poids sur le pied avant ». Donnez-lui au moins trois semaines avant de la juger. Attendez-vous à frapper moins bien pendant un temps : un mouvement nouveau paraît étrange et produit des coups bizarres avant d’en produire de meilleurs. Jugez-la à la vidéo et à la marque d’impact d’abord, au pointage en dernier.
Même principe pour vos sources d’information. Un seul professionnel dont vous comprenez les explications vaut mieux que cinquante capsules. Si deux conseils se contredisent, votre vidéo et votre vol de balle vous diront lequel convient à votre élan.
Pratiquer comme on joue
Frapper un seau complet avec le même fer vers la même cible procure une belle sensation, mais apprend peu. Cette pratique répétitive a sa place quand on apprend un geste nouveau. Seulement, le parcours ne vous offre jamais deux fois le même coup, et les travaux sur l’apprentissage moteur menés depuis les années 1970 montrent qu’une pratique variée semble plus ardue sur le coup, mais se conserve mieux ensuite.
Dès que la correction devient naturelle, variez tout. Un bâton et une cible différents à chaque balle, votre routine complète avant chacune, et des trous imaginaires : bois no 1, puis le fer que laisserait ce départ, puis un cocheur. Notre guide pour une séance utile au champ de pratique propose une séance complète bâtie sur cette idée.
Tenez le compte dès que possible. Dix balles, un point pour chacune qui s’arrête dans la zone visée, et la semaine suivante, vous tentez de faire mieux. Un chiffre transforme la séance en examen et vous dit franchement si la correction fonctionne.
Le petit jeu, le meilleur rendement
Les coups à moins de 50 verges et les coups roulés sont ce qu’il y a de plus facile à améliorer seul. Ils n’exigent aucune force, se pratiquent sans acheter de seau et souvent même à la maison. Quelques jeux à faire en solo :
- Le cercle de tés. Six balles en cercle autour de la coupe, à trois pieds. Calez-les toutes de suite, puis reculez à quatre pieds. Les courts coups roulés décident plus de pointages que n’importe quoi d’autre sur le vert.
- L’échelle. À 30, 40 et 50 pieds, visez à arrêter la balle à moins d’une longueur de bâton derrière la coupe. C’est le remède le plus rapide aux trois coups roulés ; notre article sur les longs coups roulés approfondit la question.
- Le deux coups. Laissez tomber une balle à un endroit différent autour du vert chaque fois, jouez votre coup coché, puis terminez. Notez combien de fois sur dix vous réussissez en deux coups.
- Trois longueurs de montée. Apprenez la distance de chaque cocheur avec une montée courte, moyenne et complète. Vous obtiendrez neuf à douze distances fiables ; notre méthode des distances de cocheur explique comment les établir.
Des rondes jouées avec un but
Le champ de pratique enseigne des élans ; le parcours enseigne le golf. Un neuf trous joué seul ou à deux en fin de journée, quand le terrain est tranquille, figure parmi les meilleures séances qui soient.
Essayez différentes formules. Jouez deux balles et gardez toujours la moins bonne, pour découvrir votre coup ordinaire. Faites un neuf trous avec quatre bâtons seulement, pour voir ce que vous pouvez tirer d’un fer 7. Donnez-vous une consigne pour la ronde, par exemple aucune pénalité, et choisissez chaque coup de départ en conséquence. Bon nombre de coups se perdent à cause de mauvaises décisions plutôt que de mauvais élans, et la gestion de parcours est la seule habileté qui s’améliore sans toucher à l’élan.
Ce qui gaspille votre temps
- Le seau de bois no 1. Quarante coups de départ d’affilée, c’est l’heure la moins utile au champ de pratique. Limitez-vous à dix balles, chacune vers une allée imaginaire.
- Le conseil de la semaine. À changer d’idée chaque semaine, on ne sait jamais si la précédente fonctionnait.
- Le bâton miracle. Un bâton neuf guérit rarement un défaut d’élan. L’équipement vient en dernier, jamais en premier.
- La balle sans cible. Chaque balle mérite une cible, même dans la cour arrière.
- Le verdict d’une seule ronde. Les pointages varient beaucoup. Vos statistiques sur cinq rondes valent mieux que votre meilleure ou votre pire journée.
Quand une leçon en vaut la peine
Travailler seul a ses limites. Consultez un professionnel si le même défaut revient après un mois d’efforts honnêtes, si une douleur apparaît, si votre vidéo ne vous apprend rien, ou si vous débutez tout juste, car de bonnes bases au départ évitent des années de corrections. Une seule leçon ciblée sur ce que vos statistiques ont révélé, avec un exercice clair à rapporter à la maison, s’insère parfaitement dans cette démarche.
Où progresser seul au Québec : l’application Golf Canada et les normales 3
Pour tenir vos statistiques, l’application Golf Canada, gratuite, fait le gros du travail. Elle permet d’inscrire son pointage trou par trou avec le nombre total de coups, les coups roulés, les coups de pénalité ainsi que des statistiques avancées comme la précision et les sauvegardes en fosse de sable. Golf Canada invite d’ailleurs ses membres à inscrire leurs pointages trou par trou, en choisissant les statistiques de parcours qu’ils veulent suivre, dont les allées atteintes en coups réglementaires. L’application offre aussi un GPS pour plus de 1 500 terrains canadiens. Vos cinq rondes de diagnostic se tiennent donc sans papier.
Pas membre d’un club ? L’adhésion individuelle de Golf Québec est accessible à tous et donne, selon la fédération, les mêmes avantages que ceux des membres de clubs : l’application Golf Canada avec carte de pointage numérique, la gestion des statistiques de jeu et le calcul de l’index de handicap en temps réel.
Côté terrains, les parcours de normales 3 et les neuf trous sont l’endroit idéal pour travailler les coups à moins de 100 verges, cette tranche où Broadie situe près d’un coup sur cinq de l’écart entre 90 et 80. Notre répertoire des neuf trous et terrains de normales 3 vous aidera à en trouver un près de chez vous. Et si vous jouez seul, partez des tertres qui correspondent à votre distance au départ : notre article sur les tertres à choisir explique comment.
Reste le calendrier. À la fin septembre, les journées raccourcissent vite et la saison achève. Jouez vos cinq rondes de diagnostic maintenant, pour avoir tout l’hiver devant vous afin de travailler votre correction, et consultez notre guide pour bien fermer la saison quand viendra le moment de ranger le sac.
Votre plan de six semaines
- Semaines 1 et 2 : cinq rondes avec les quatre statistiques, dans l’application ou sur la carte, et une vidéo sous chaque angle.
- Semaine 3 : ciblez le secteur qui vous coûte le plus et écrivez une seule correction.
- Semaines 3 à 6 : deux courtes séances par semaine, moitié sur la correction, moitié sur le petit jeu, chacune conclue par un jeu avec pointage. Si le terrain ferme d’ici là, poursuivez sur un tapis de coups roulés au sous-sol et au simulateur.
- Chaque semaine : un neuf trous tranquille, joué avec un but précis.
- Fin de la sixième semaine : nouvelle vidéo, comparaison, et relecture des statistiques. On garde, on ajuste, ou on réserve une leçon au printemps.
Six semaines avec un seul objectif, un regard honnête et un chiffre à battre valent davantage qu’une saison de bonnes intentions. Et quand viendra le temps de traduire tout ça en un meilleur pointage, commencez par votre jeu au vert et autour : c’est là que le travail en solo rapporte le plus vite.






