Progresser seul au golf : Kady, pitch & putt et une méthode en six semaines
Certains golfeurs perdent des points d'index pendant des années sans prendre un cours, d'autres vident des seaux tout l'été pour le même score. Ce qui les sépare, c'est la cible de l'entraînement, pas sa quantité.
En bref
- Sur cinq parties, notez fairways touchés, greens en régulation, petits coups autour du green et putts : Kady, l'application de la ffgolf, enregistre ces statistiques.
- Selon Mark Broadie, 68 % de l'écart entre un joueur à 90 et un joueur à 80 vient des mises en jeu et des approches, 32 % du jeu à moins d'environ 90 mètres.
- Filmez-vous de face et dans l'axe, lisez le départ et l'effet de la balle, et marquez le point d'impact sur la face.
- Sur un pitch & putt, aucun trou ne dépasse 90 mètres : le terrain idéal pour travailler seul les derniers coups de chaque trou.
Deux golfeurs arrivent au practice chaque samedi depuis trois ans. Le premier a perdu huit points d’index sans jamais prendre de cours. Le second tape ses deux seaux, rentre chez lui content, et joue toujours autour de 95. Ce n’est ni une affaire de talent ni une affaire de temps passé. Le premier sait où partent ses coups, il regarde ce qu’il fait vraiment au lieu de ce qu’il ressent, et il garde la même correction assez longtemps pour qu’elle s’installe. Voici comment faire pareil, et ce qu’il vaut mieux arrêter.
Précisons d’emblée que cette page ne plaide pas contre les enseignants. Un bon pro vous fera gagner des mois, et notre article sur la manière de tirer parti d’une leçon de golf explique comment en profiter. Mais entre deux leçons, il se passe des semaines, et c’est souvent là que le travail se fait ou se perd.
Avant de corriger, comptez
La plupart des autodidactes entraînent ce qu’ils aiment, c’est-à-dire le driver. Or il est impossible de savoir quoi travailler sans savoir où l’on perd des coups. Inutile d’avoir un radar pour cela : une carte de score et un crayon suffisent.
Sur vos cinq prochaines parties, notez quatre choses à chaque trou : le départ est-il resté en jeu, avez-vous touché le green en régulation, combien de petits coups avez-vous joués à moins de 45 mètres du drapeau, et combien de putts. Ajoutez un trait par pénalité. Au bout de cinq cartes, le tableau parle tout seul. Un joueur à 38 putts et trois balles perdues par tour n’a pas le même chantier qu’un joueur qui trouve huit fairways mais seulement deux greens.
Le professeur Mark Broadie, de la Columbia Business School, à l’origine des statistiques de coups gagnés (strokes gained) utilisées aujourd’hui sur le PGA Tour, a chiffré la question dans son livre Every Shot Counts, paru en 2014. Entre un joueur qui score 90 et un joueur qui score 80, il attribue environ 40 % de l’écart aux coups d’approche, 28 % aux mises en jeu, 17 % au jeu à moins de 100 yards, soit environ 90 mètres, et 15 % au putting. Le grand jeu compte donc davantage que ne le laisse croire le vieil adage sur le drive et le putt. Mais ce sont des moyennes. Vos cinq cartes à vous diront par où commencer, et chez beaucoup de joueurs à index élevé, les coups les plus faciles à récupérer restent les pénalités et les trois-putts.
Se voir jouer, et lire sa balle
Ce qu’un enseignant apporte d’abord, c’est un regard extérieur : la différence entre ce que vous faites et ce que vous croyez faire. Une bonne partie de ce regard, vous pouvez vous l’offrir.
La vidéo. Un téléphone sur un petit trépied, posé à hauteur de hanches, et deux angles : de face, perpendiculaire à votre poitrine, et dans l’axe, derrière vos mains, en visant la cible. Gardez exactement le même emplacement d’une séance à l’autre, sinon les comparaisons ne valent rien. Le ralenti aide. Limitez-vous à quelques points : la posture à l’adresse et à l’impact, la position du club en haut du backswing, les mouvements de la tête et des hanches. Et filmez avant de toucher à quoi que ce soit, pour garder un point de départ.
La trajectoire. La direction de départ de la balle dépend surtout de l’orientation de la face à l’impact. L’effet vient surtout de l’écart entre la face et le chemin du club. Une balle qui part à gauche et tourne encore plus à gauche signale une face fermée par rapport à un chemin déjà orienté vers la gauche. Une balle qui part à droite et slice signale une face ouverte par rapport au chemin. Cette seule règle démêle une bonne partie des conseils contradictoires qu’on lit sur le slice et le hook.
Le point d’impact. Des étiquettes d’impact, ou un voile de spray pour les pieds sur la face, montrent où la balle a touché. Un coup pris sur le talon ou la pointe coûte souvent plus de distance qu’un défaut de swing, et c’est ainsi qu’on le repère. Sur herbe, observez le divot : il doit commencer juste après la balle et pointer à peu près vers la cible.
Si vous avez accès à un radar personnel, il ajoutera des chiffres à tout cela. C’est un plus, pas une condition.
Une seule correction, trois semaines minimum
C’est l’erreur la plus répandue chez ceux qui s’entraînent seuls : une vidéo le lundi, un essai le mardi, trois mauvais coups, et une autre vidéo le jeudi. À la fin de la saison, vingt corrections tentées et aucune conservée.
Choisissez une correction qui répond au problème révélé par vos statistiques. Formulez-la en une phrase, par exemple « grip un peu plus tourné vers la droite » ou « finir le poids sur le pied avant ». Travaillez-la au moins trois semaines avant de la juger, et acceptez que vos coups se dégradent d’abord : un geste nouveau paraît étrange et produit des balles bizarres avant d’en produire de meilleures. Jugez-le sur la vidéo et sur le point d’impact, et sur le score en dernier.
Même discipline pour les sources. Mieux vaut un seul enseignant dont vous comprenez les explications qu’un fil de cinquante vidéos. Quand deux conseils se contredisent, revenez à vos images et à votre trajectoire : elles trancheront.
Au practice, jouez au lieu de taper
Cinquante balles avec le même fer vers le même drapeau, c’est agréable et souvent peu formateur. Cette pratique « en bloc » a son utilité quand on apprend un geste nouveau. Mais le parcours ne vous donne jamais deux fois le même coup, et les travaux sur l’apprentissage moteur menés depuis les années 1970 montrent qu’un entraînement varié semble plus difficile sur le moment et tient mieux dans la durée.
Dès que la correction devient naturelle, variez. Changez de club et de cible à chaque balle, refaites votre routine complète avant chacune, jouez des trous imaginaires : driver, puis le fer que laisserait ce départ, puis le wedge. Notre plan de séance de practice utile est construit sur ce principe.
Et comptez les points. Dix balles, un point par balle arrêtée dans une zone choisie ; la semaine suivante, battez ce score. Un chiffre transforme la séance en examen et vous dit sans détour si la correction fonctionne.
Le petit jeu, là où l’on progresse le plus vite
Les coups à moins de 45 mètres et les putts sont la partie du jeu la plus facile à améliorer seul. Ils ne demandent aucune force, se travaillent sur la zone d’approche sans acheter de seaux, et souvent à la maison. Quatre jeux :
- Le cercle. Six balles autour du trou à un mètre. Rentrez les six d’affilée, puis reculez à 1,20 mètre. Les putts courts décident plus de scores que n’importe quoi d’autre sur le green.
- L’échelle. À 9, 12 et 15 mètres, cherchez à arrêter la balle dans une longueur de club derrière le trou. C’est le remède le plus rapide aux trois-putts ; notre article sur le dosage des longs putts va plus loin.
- L’up and down. Lâchez une balle à un endroit différent autour du green, chippez, terminez au putt. Notez sur dix combien vous en sauvez.
- Les trois longueurs. Apprenez la distance de chaque wedge avec un backswing court, moyen et complet. Vous obtenez neuf à douze distances fiables, et la méthode des distances de wedge montre comment les trouver.
Sur le parcours, jouez avec une intention
Le practice apprend des swings, le parcours apprend le golf. Un neuf trous en fin de journée, seul ou à deux, quand le terrain se vide, fait partie des meilleurs entraînements qui soient.
Essayez quelques formules. Deux balles par coup en gardant toujours la plus mauvaise, pour découvrir votre coup ordinaire. Un neuf trous avec quatre clubs, pour savoir ce que vous tirez vraiment d’un fer 7. Une règle pour la partie, du genre « zéro pénalité », qui dicte chaque départ. Beaucoup de coups se perdent sur de mauvaises décisions plutôt que sur de mauvais swings, et la gestion de parcours est la seule compétence qui progresse sans toucher au swing.
Ce qui fait perdre son temps
- Le seau de drives. Quarante drivers d’affilée, c’est l’heure la moins utile du practice. Dix balles suffisent, chacune vers un fairway imaginaire.
- Le zapping. Une idée nouvelle chaque semaine empêche de savoir si la précédente marchait.
- L’achat miracle. Un club neuf corrige rarement un défaut de swing. Faites d’abord vérifier les bases, comme l’explique notre article sur le fitting des fers, et gardez le matériel pour la fin.
- La balle sans cible. Chaque coup mérite une cible, même dans le jardin.
- Le verdict sur une partie. Les scores font du yo-yo. Cinq cartes disent plus qu’un bon ou un mauvais jour.
Quand payer un pro devient rentable
Travailler seul a ses limites. Prenez rendez-vous si le même défaut revient après un mois de travail sérieux, si quelque chose fait mal, si la vidéo ne vous dit rien, ou si vous débutez complètement : de bonnes bases dès le départ évitent des années de rafistolage. Une seule leçon centrée sur ce que vos statistiques ont révélé, avec un exercice clair à emporter, s’intègre parfaitement dans cette méthode.
Où progresser seul en France : Kady, compacts et pitch & putt
Si vous êtes licencié, l’outil statistique est probablement déjà sur votre téléphone. Kady, l’application officielle de la ffgolf, permet de saisir ses scores et ses statistiques de jeu : nombre de putts, fairways touchés et greens en régulation. Elle sert aussi à créer une partie certifiée pour faire évoluer son index, avec le score brut et net calculé en direct. Vos cinq cartes de départ peuvent donc être tenues sans papier, et les parties amicales comptées pour l’index par la même occasion.
Pour le petit jeu, les formats courts sont vos meilleurs alliés. La ffgolf distingue les golfs compacts et les pitch & putt. Sur un pitch & putt, aucun trou ne dépasse 90 mètres : un wedge et un putter suffisent, le règlement autorisant un troisième club. C’est une succession de par 3 qui fait travailler précisément les 100 derniers mètres, là où Broadie loge près d’un coup sur cinq de l’écart entre 90 et 80. Beaucoup de structures françaises en proposent un à côté de leur 18 trous. Notre guide des neuf trous et golfs compacts aide à s’y retrouver.
Enfin, l’automne est la bonne saison pour ce travail. Les compétitions de club se font plus rares, les parcours se vident en semaine et la lumière de fin d’après-midi se prête encore à un neuf trous. Si vous jouez seul, partez de repères adaptés à votre distance au drive : notre article sur les départs à choisir explique comment, et un parcours à votre mesure vous laisse les coups d’approche qui, selon les chiffres, pèsent le plus.
Six semaines, mode d’emploi
- Semaines 1 et 2 : cinq parties avec les quatre statistiques dans Kady ou sur la carte, et une vidéo sous chaque angle.
- Semaine 3 : repérez le secteur qui vous coûte le plus et écrivez une seule correction.
- Semaines 3 à 6 : deux séances courtes par semaine, moitié correction, moitié petit jeu, chacune terminée par un jeu noté.
- Chaque semaine : un neuf trous calme, joué avec une intention.
- Fin de la semaine 6 : nouvelle vidéo, comparaison, relecture des statistiques. On garde, on ajuste, ou on réserve une leçon.
Un objectif, un regard honnête et un score à battre : six semaines ainsi valent mieux qu’une saison de bonnes résolutions. Et pour transformer l’essai en carte, gardez sous la main notre méthode des trois longueurs de wedge, le raccourci le plus direct vers un score plus bas.






