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Tendances

Arrosage, produits, prairies : où en sont les parcours suisses

En sécheresse, un parcours suisse peut n'arroser que ses greens, soit 2 % de sa surface. Swiss Golf vise des parcours entretenus sans produits de synthèse en 2030 et tous certifiés GEO en 2027 : de quoi juger son propre club sur pièces.

La rédaction Panxis Golf, desk Suisse romande (Loïc Chappuis) · · 7 min
Prairie de fleurs sauvages en bordure de parcours
Photo K T / Pexels

En bref

  • Les golfs suisses couvrent 4'200 hectares, 0,1 % du territoire (Swiss Golf, 2022).
  • En sécheresse, l'arrosage peut se limiter aux greens, environ 2 % de la surface.
  • Objectifs Golf Course 2030 : GEO pour tous en 2027, sans phytosanitaires de synthèse en 2030, neutre en CO2 en 2035.
  • Au moins un tiers d'un parcours est consacré aux habitats naturels.
  • Lavaux, Signal de Bougy, Domaine du Brésil, Crans-sur-Sierre, Sion et Vuissens figurent parmi les parcours romands certifiés GEO.

Les parcours de golf suisses couvrent environ 4’200 hectares, soit 0,1 % du territoire national selon les chiffres 2022 de Swiss Golf. C’est peu à l’échelle du pays et beaucoup à l’échelle d’une commune, et la question revient chaque été sec : combien d’eau, quels produits, pour quel gazon ? La réponse honnête tient moins dans les slogans que dans ce que l’on peut observer en jouant, et dans des engagements chiffrés que la fédération a pris et que chacun peut vérifier.

Ce que la fédération s’est fixé

Swiss Golf date de 2018 le « changement de culture » qui a fait de la durabilité une pierre angulaire du golf suisse. Le cadre, baptisé Golf Course 2030 Switzerland, a été formalisé en 2020 par sa commission de durabilité. Il comporte des échéances précises :

  • 2023 : un groupe de travail sur l’optimisation et la mesure de l’eau sur les parcours, et la mesure de la biodiversité.
  • 2027 : tous les parcours suisses certifiés par la GEO Foundation.
  • 2030 : des exploitants capables d’entretenir les parcours sans produits phytosanitaires de synthèse.
  • 2035 : une activité golfique neutre en CO2.

Ces objectifs n’ont rien de modeste, en particulier celui de 2030. Ils donnent au golfeur une grille de lecture simple : le parcours que vous jouez est-il sur cette trajectoire ?

L’eau : tout se joue sur deux pour cent

L’arrosage est le premier poste environnemental d’un parcours. C’est aussi celui sur lequel la marge de manœuvre est la plus grande, parce que toutes les surfaces n’ont pas besoin de la même eau.

Swiss Golf l’illustre d’un chiffre : en période de sécheresse, les surfaces arrosées peuvent être réduites aux seuls greens, soit environ 2 % de la surface d’un parcours. Le reste, fairways, roughs et abords, peut traverser un été sans arrosage et reverdir à l’automne. Un green, lui, ne le peut pas : perdu, il ferme un trou pour la saison.

Pour le joueur, cela se traduit par des signes qui paraissent contre-intuitifs :

  • des fairways qui blondissent sur les bords dès juillet ;
  • des roughs qui ne sont plus arrosés du tout ;
  • des arroseurs réglés en secteur, qui ne mouillent plus les zones où personne ne joue.

L’origine de l’eau pèse autant que le volume. Un parcours qui récupère son ruissellement dans ses propres étangs n’est pas dans la même situation qu’un parcours alimenté par le réseau d’eau potable. C’est une question tout à fait légitime à poser à son club.

Un fairway doré est un bon fairway

Parmi les dix « règles d’or » que Swiss Golf adresse aux golfeurs, l’une s’intitule « réaliste » : lors de canicules, n’exigez pas de jouer sur une herbe verdoyante. Elle vise directement le premier frein à la baisse de l’arrosage, qui n’est ni technique ni financier, mais la plainte des membres.

Un sol ferme et jauni roule davantage, se draine mieux, résiste mieux aux maladies et demande moins d’eau comme moins de fongicide. Il offre aussi un golf plus intéressant, où la balle rebondit et roule et où le sol devient un paramètre du coup. L’image du gazon vert émeraude vient de la télévision : les conditions d’un tournoi du circuit résultent de semaines de préparation et de moyens qu’aucun club ne peut maintenir d’avril à octobre.

Les clubs qui ont franchi le pas ont presque tous fait la même chose : l’intendant de terrain explique en juin, dans la lettre aux membres, pourquoi le parcours va jaunir en août. Expliquée à l’avance, la couleur passe. Découverte sans explication, elle devient une réclamation.

Les produits phytosanitaires : concentrés sur les greens

Selon Swiss Golf, l’usage des produits phytosanitaires se concentre essentiellement sur environ 2 % de la surface d’un parcours, les greens, une tendance installée depuis une vingtaine d’années. Les fairways et les roughs ne sont en général plus concernés.

La logique a changé en même temps. On est passé du traitement à date fixe, appliqué quelle que soit la météo, à l’intervention ciblée selon la pression réelle des maladies. Le prochain pas, celui de l’objectif 2030, est plus exigeant : se passer entièrement des produits de synthèse. Il suppose d’autres variétés de gazon, davantage de travail mécanique et une tolérance plus grande des joueurs pour des greens parfois moins uniformes.

Demandez à l’intendant de votre club comment le programme a évolué en dix ans. La plupart apprécient la question, et ceux qui travaillent bien ont les chiffres sous la main.

Un tiers du domaine n’est pas du golf

Swiss Golf indique qu’au minimum 33 % de la surface totale d’un parcours est consacrée aux habitats naturels. C’est dans cette partie hors jeu que se trouve l’essentiel de la valeur écologique : prairies non fauchées, haies, lisières, étangs, bandes enherbées le long des ruisseaux.

Transformer un rough entretenu en prairie est le projet environnemental le plus fréquent sur les parcours, parce qu’il réduit à la fois la tonte, le carburant, l’eau et la main-d’œuvre. La contrepartie existe et mérite d’être dite : ces zones mangent des balles. Les parcours qui réussissent la transition les tiennent à l’écart des zones de réception des coups de départ.

La règle d’or « plein d’égards » de Swiss Golf s’applique ici : respectez l’espace des animaux et des plantes, et restez hors des biotopes, même pour une balle neuve. Là où un club les a déclarées zones interdites, y entrer n’est de toute façon pas permis.

Où voir un parcours certifié en Suisse romande

La certification GEO est décrite par Swiss Golf comme un label d’engagement durable, qui aide les installations à optimiser leur impact écologique, social et économique. Selon la fédération, 60 installations de golf sont déjà certifiées GEO en Suisse, et plus de 70 % des golfs du pays sont certifiés ou en voie de l’être, sur 98 exploitants recensés en 2022.

Parmi les parcours romands figurant sur la liste des installations certifiées publiée par Swiss Golf :

  • Vaud : le Golfparc du Signal de Bougy (Golf Club La Côte), le Golf Club Domaine du Brésil à Goumoens-le-Jux, le Golf de Lavaux à Puidoux.
  • Valais : le Golf Club Crans-sur-Sierre à Crans-Montana, le golf de Sion.
  • Fribourg : le Golf de Vuissens.

Jouer l’un de ces parcours en août est la meilleure façon de comprendre ce que signifie une gestion économe de l’eau : regardez où le gazon reste vert, où il blondit, et où la prairie remplace le rough.

Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs et organismes cités.

Ce que vous pouvez faire en jouant

Plus qu’on ne le croit, et surtout gratuitement.

Relever son impact sur le green, et celui d’à côté. Réparé tout de suite, il se referme vite. Laissé plusieurs jours, il laisse une cicatrice que l’équipe de terrain devra soigner.

Remettre ses mottes ou combler le trou avec le mélange fourni.

Laisser la voiturette au garage sur sol détrempé. Le tassement du sol est l’une des principales raisons des carottages dont les membres se plaignent au printemps.

Venir autrement. Swiss Golf conseille de venir à pied ou à vélo quand c’est possible, et de partager la voiture avec ses partenaires pour les longs trajets.

Les petits gestes du sac. Tees en bois plutôt qu’en plastique, pour éviter les microplastiques dans la nappe phréatique, boissons et en-cas dans des récipients réutilisables, déchets triés.

Et ne pas se plaindre du jaune en août. C’est la contribution la moins coûteuse de toutes.

Les limites, sans détour

Un parcours de golf n’est pas une réserve naturelle, et un nichoir au 12 ne rend pas vertueux un parcours mal conçu. La bonne question n’est pas de savoir si le golf est bon ou mauvais pour l’environnement, question qui n’a pas de réponse unique, mais si tel parcours est mieux géré cette année que l’an dernier. Celle-là a une réponse, et les échéances de Golf Course 2030 permettent de la mesurer.

Cinq questions à poser à votre club

  • D’où vient l’eau d’arrosage, et comment les volumes ont-ils évolué sur cinq ans ?
  • Quelles surfaces cessent d’être arrosées en premier lors d’une sécheresse ?
  • Où en est le club par rapport à l’objectif 2030 sans produits phytosanitaires de synthèse ?
  • Le parcours est-il certifié GEO, ou en cours de certification ?
  • Quelle part du domaine est laissée en prairie ou en milieu naturel ?

Les réponses en disent plus sur la gestion d’un club que n’importe quelle brochure, et les équipes de terrain qui font ce travail sont en général heureuses qu’un membre le remarque enfin.

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