Eau et produits : ce que les parcours ont changé
Un fairway doré en août est le signe d'un parcours bien géré, pas d'un parcours à l'abandon. La bonne question n'est pas si le golf est bon pour l'environnement mais si ce parcours-là est mieux géré que l'an dernier.
En bref
- L'arrosage est le premier poste, et l'origine de l'eau compte autant que le volume.
- Un sol ferme roule plus, draine mieux et demande moins de fongicide.
- Le traitement est passé du calendrier fixe à la pression de maladie mesurée.
- Un tiers du domaine est hors jeu : c'est là qu'est la valeur écologique.
- Relevez vos pitchs, évitez la voiturette sur sol détrempé, et cessez de râler sur le jaune.
Le golf occupe du terrain, consomme de l’eau et utilise des produits phytosanitaires, et la profession s’entend le dire depuis vingt ans. Ce qui a réellement changé sur le terrain est plus intéressant que la critique comme que la défense, et l’essentiel se voit sur les parcours que vous jouez déjà, à condition de savoir ce que l’on regarde.
Où part l’eau
L’arrosage est le premier poste environnemental d’un parcours et celui sur lequel les intendants ont le plus travaillé, autant par conviction que parce que l’eau coûte cher et se rationne.
Les signes visibles d’une gestion sérieuse sont contre-intuitifs pour un membre : des fairways qui jaunissent sur les bords en août, des roughs qu’on n’arrose plus, et des arroseurs réglés en secteur plutôt qu’en cercle complet pour ne plus mouiller des zones où personne ne joue.
Les restrictions d’usage de l’eau prises par arrêté préfectoral lors des sécheresses récentes ont accéléré ce mouvement plus vite que n’importe quel discours. Beaucoup de clubs français ont dû démontrer qu’ils pouvaient réduire, et l’ont fait, en concentrant l’arrosage sur les greens et les départs.
L’origine de l’eau compte autant que le volume. Un parcours arrosé avec des eaux usées traitées, un plan d’eau qui récupère son propre ruissellement, ou un forage sous autorisation encadrée n’est pas dans la même situation qu’un parcours qui prend de l’eau potable, et c’est une question légitime à poser.
Le jaune n’est pas de la négligence
Un fairway ferme et doré roule davantage, se draine mieux, résiste mieux aux maladies et demande moins d’eau et moins de fongicide. C’est aussi, par la plupart des critères, un meilleur golf : la balle réagit, le sol fait partie du coup, et le parcours se joue comme les links se jouent depuis toujours.
Il ressemble en revanche, pour un œil habitué au golf télévisé, à un parcours mal tenu. Les conditions d’un tournoi sont quinze jours d’efforts et de dépenses extraordinaires qu’aucun club ne peut tenir sur une saison, et comparer son parcours en août à une épreuve du circuit en juin revient à comparer deux choses différentes.
Les membres qui se plaignent de la couleur sont l’un des vrais obstacles à la baisse de la consommation, et c’est un obstacle soluble. Les clubs qui ont franchi l’étape sont ceux où l’intendant explique dans le bulletin en juin, avant que les plaintes n’arrivent en août.
Les produits : moins, et mieux ciblés
Le traitement est passé du calendrier fixe, qui traitait toute une surface à date quelles que soient les conditions, à l’application ciblée en fonction de la météo et de la pression réelle des maladies.
Les greens restent traités, parce qu’un green perdu ferme un trou pour une saison et coûte plus cher que n’importe quel programme. Fairways et roughs le sont de moins en moins, et c’est là que la baisse totale s’est faite.
Le cadre réglementaire français a joué un rôle direct. La réduction des substances autorisées, les obligations de certification des applicateurs et les règles d’affichage ont resserré ce qui est possible, et beaucoup de clubs ont anticipé plutôt que subi. C’est utile à savoir comme membre plutôt que comme critique : c’est la raison des panneaux au départ du 1.
Demandez à votre intendant à quoi ressemble le programme d’aujourd’hui comparé à celui d’il y a dix ans. La plupart sont ravis qu’on le leur demande, et ceux qui font bien le travail ont les chiffres sous la main.
Le terrain qui n’est pas en jeu
Un dix-huit trous a un tiers ou plus de sa surface hors jeu, et c’est là que se trouve l’essentiel de la valeur écologique.
Roughs non tondus, lisières boisées, mares laissées tranquilles, bandes enherbées le long des cours d’eau : tout cela accueille beaucoup plus de vivant qu’un fairway tondu, et coûte moins cher à entretenir que du gazon. Convertir du rough entretenu en zone naturelle est le projet environnemental le plus courant sur les parcours, parce qu’il réduit d’un seul coup la tonte, le carburant, l’eau et la main-d’œuvre.
La ffgolf porte depuis plusieurs années un programme « Golf pour la biodiversité » mené avec le Muséum national d’Histoire naturelle, qui fait inventorier la faune et la flore des parcours volontaires et attribue des niveaux de reconnaissance. La certification internationale GEO joue le même rôle à l’échelle européenne, avec un audit externe.
La contrepartie est honnête et mérite d’être dite : les zones naturelles font perdre des balles, et un club qui convertit dix hectares de rough l’entendra. Le ralentissement de la première saison est réel, et les parcours qui gèrent bien la transition tiennent ces zones à l’écart des zones d’arrivée principales.
L’autre empreinte : tonte, carburant et main-d’œuvre
La part dont on ne parle jamais est le matériel. Entretenir un parcours représente plusieurs centaines d’heures de tonte par semaine en saison, et le passage aux tondeuses électriques et hybrides sur les greens et les départs est le changement discret de la dernière décennie.
Il est autant motivé par le bruit et les départs matinaux que par les émissions, mais l’effet est le même. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans les équipes de terrain a poussé dans la même direction : un parcours qui ne peut pas armer une équipe complète tond moins, et tondre moins s’avère compatible avec un meilleur golf sur les parties du domaine qui comptent.
Ce qu’un joueur peut faire
Peu de choses, mais pas rien.
Relever son pitch, et en relever un second. Un pitch relevé dans la minute cicatrise en un jour ; laissé une semaine, il laisse une cicatrice qui dure un mois et se soigne avec des produits plutôt qu’avec rien.
Éviter la voiturette sur sol détrempé et respecter les consignes de circulation. Le tassement est la raison de la moitié des carottages dont on se plaint, et le passage de voiturettes sur sol gorgé d’eau en est la première cause.
Remettre sa motte ou la combler avec le mélange fourni, prendre un seau de balles de moins et le taper avec une intention, et ne pas râler devant un fairway jauni en août. Ce dernier point est une contribution réelle et il ne coûte rien.
Les limites, honnêtement
Un parcours de golf n’est pas une réserve naturelle. Un parcours construit sur une zone humide drainée, ou arrosé dans une région où l’eau manque structurellement, ne devient pas vertueux parce qu’il recycle son eau et qu’il a posé un nichoir au douzième.
La question utile n’est pas de savoir si le golf est bon pour l’environnement, ce qui n’est pas une question à réponse unique, mais si un parcours donné est mieux géré cette année que l’an dernier. Celle-là a une réponse, l’intendant la connaît, et elle est en général plus encourageante que le débat public ne le laisse penser.
À demander à votre club
- D’où vient l’eau d’arrosage, et les volumes ont-ils baissé sur cinq ans ?
- Quelle part du domaine est hors jeu, et combien est laissée en gestion douce ?
- Comment le programme de traitement a-t-il changé en dix ans, et qu’est-ce qui n’est plus traité par calendrier ?
- Le parcours participe-t-il au programme biodiversité de la ffgolf ou à une certification GEO, et de quand date le dernier point ?
- Que se passe-t-il en cas de nouvelle restriction préfectorale : quelles zones cessent d’être arrosées en premier ?
Les réponses en disent plus sur la gestion d’un club que n’importe quelle plaquette, et ceux qui font le travail sont en général heureux qu’on le remarque enfin.






