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Tendances

Parcours sans pesticides au Québec : les géraniums de Saint-Lambert et ce que voit le golfeur

Au Country Club de Montréal, un règlement municipal a forcé la conversion bio. Ce que le surintendant a changé, ce que cela coûte, et comment lire sur le terrain les trous de moufettes, les allées dorées et les zones laissées au naturel.

La rédaction Panxis Golf, desk Québec (Étienne Tremblay) · · 8 min
Prairie de fleurs sauvages en bordure de parcours
Photo K T / Pexels

En bref

  • En 2023, Saint-Lambert a donné deux ans au Country Club de Montréal pour cesser l'usage des pesticides.
  • Des géraniums blancs y piègent le scarabée japonais, ce qui permet de traiter seulement autour des plates-bandes.
  • Les petits trous dans l'allée viennent souvent des moufettes qui chassent les vers blancs ; la Règle 16.1 accorde un dégagement.
  • Enlever la rosée tôt et élaguer pour laisser passer le vent limite certaines maladies du gazon.
  • Réparez marques et mottes, respectez les consignes de voiturette et acceptez une allée dorée en août.

En 2023, la Ville de Saint-Lambert a donné deux ans au Country Club de Montréal pour cesser d’utiliser des pesticides. Le club a suivi le programme de conversion mis en place par son surintendant, Bernard Lefebvre, et l’Association des surintendants de golf du Québec en a raconté les coulisses au printemps 2026 : dix employés de plus, de l’équipement neuf, un programme « très coûteux » selon le surintendant lui-même, et une trouvaille horticole que personne n’attendait. Des géraniums blancs plantés dans les plates-bandes pour venir à bout du scarabée japonais.

Cette histoire résume bien où en est l’entretien des parcours au Québec. La pression vient autant des règles que des membres, les solutions tiennent souvent à des pratiques plutôt qu’à des produits, et le résultat se voit sur le terrain pour qui sait le regarder. Voici ce qui change, ce que cela coûte, et ce que le golfeur peut en comprendre depuis l’allée.

Où tout a commencé : un règlement municipal à Saint-Lambert

Au Country Club de Montréal, la conversion n’est pas partie d’une campagne d’image. Selon l’article de l’ASGQ, ce sont les nouvelles normes environnementales de la municipalité qui ont imposé l’échéance, et la direction du club a ensuite soutenu le programme du surintendant. Le texte souligne aussi le rôle de l’équipe de terrain et l’appui des membres.

Le coût est la partie la moins visible pour les golfeurs. Remplacer un traitement chimique par des interventions manuelles, des plantations et un suivi plus serré demande du personnel. Dix employés supplémentaires sur une équipe de terrain, c’est une ligne budgétaire que les membres finissent par voir, dans la cotisation ou ailleurs.

Des géraniums contre le scarabée japonais

Le scarabée japonais est un insecte envahissant, et ses larves, les vers blancs, abîment le gazon. La solution retenue à Saint-Lambert vient du fils du surintendant, Gabriel, formé en horticulture et membre de l’équipe : planter des géraniums blancs dans les plates-bandes. Selon l’explication rapportée par l’ASGQ, les fleurs attirent les scarabées et paralysent les mâles, qui ne peuvent plus féconder les femelles et deviennent des proies faciles pour les oiseaux.

La méthode ne règle pas tout. Certaines femelles sont quand même fécondées, mais elles pondent près de l’endroit où elles l’ont été. L’équipe peut alors appliquer ses produits biologiques seulement autour des plates-bandes, au lieu de traiter l’ensemble du terrain. C’est l’idée clé de ce virage : cibler plutôt que couvrir.

Les petits trous dans l’allée : ce qu’ils racontent

Tout golfeur québécois a déjà vu une allée criblée de petits trous, comme si de minuscules mines y avaient explosé. L’article de l’ASGQ en donne l’explication : des moufettes et d’autres animaux fouillent le sol pour manger les vers blancs issus des scarabées. Les dégâts visibles ne viennent donc pas seulement de l’insecte, mais aussi de ceux qui le chassent.

Pour le joueur, ces trous ont une conséquence réglementaire. Une balle qui repose dans un trou creusé par un animal ou y est gênée relève des conditions anormales de terrain, et la Règle 16.1 permet de prendre un dégagement sans pénalité dans la zone générale. Inutile de jouer la balle au fond d’un trou de moufette en pensant faire preuve de courage.

Moins de produits, plus de pratiques

À Saint-Lambert, le surintendant précise que la plupart des autres mesures relèvent des pratiques culturales. Deux exemples illustrent la logique. L’équipe enlève la rosée tôt le matin. Elle élague aussi les arbres le long des allées pour laisser circuler le vent et sécher l’herbe. Un gazon qui sèche plus vite est moins exposé à certaines maladies, et un traitement évité est un traitement qu’on n’a pas besoin d’appliquer.

Ces gestes se voient pendant une ronde. Une équipe qui passe sur les verts à l’aube, des branches coupées le long d’une allée ombragée, des zones laissées plus sèches en été : ce ne sont pas des signes de négligence, mais souvent l’inverse.

L’eau, et la couleur de l’allée en août

Un parcours n’a pas besoin d’être vert émeraude pour être bien entretenu. Une allée plus ferme et plus claire en plein été demande moins d’eau, fait rouler la balle et reste jouable. Concentrer l’arrosage sur les verts et les tertres, laisser l’herbe longue vivre avec la pluie et régler les arroseurs pour ne pas mouiller les zones hors jeu sont des choix de gestion, pas des économies de bout de chandelle.

L’origine de l’eau compte aussi. Un club qui arrose à partir d’un plan d’eau alimenté par le ruissellement de son propre terrain n’est pas dans la même situation qu’un club branché sur un réseau municipal. C’est une question légitime à poser à son surintendant, et la réponse varie d’un parcours à l’autre.

La comparaison avec la télévision fausse le jugement. Un tournoi professionnel est préparé pendant des semaines avec des moyens qu’aucun club ne peut soutenir toute une saison. Juger son parcours d’août d’après une retransmission de juin, c’est comparer deux réalités qui n’ont pas les mêmes objectifs.

Le terrain hors jeu, là où se joue la biodiversité

Une bonne partie de la superficie d’un dix-huit trous n’est jamais foulée par les golfeurs : boisés, bandes riveraines, prés non tondus, étangs. C’est là que se concentre l’essentiel de la valeur écologique d’un parcours, et c’est aussi là qu’un club peut réduire le plus facilement la tonte, le carburant et la main-d’œuvre.

La contrepartie existe et il vaut mieux la dire : transformer de l’herbe longue entretenue en zone naturelle fait perdre des balles. Les clubs qui réussissent ces conversions évitent en général les zones de chute principales, et le comité peut désigner certains secteurs sensibles comme zones de jeu interdit pour les protéger.

Ce que le golfeur peut faire

Le rôle du joueur est modeste, mais il est réel, et les clubs l’écrivent noir sur blanc.

  • Réparer ce qu’on abîme. Le code de conduite imprimé sur la carte de pointage du Centre de golf Le Versant, à Terrebonne, demande de réparer les marques de balle sur les verts, de niveler les fosses de sable et de replacer les mottes ou de remplir les trous avec les bouteilles de semence fournies dans la voiturette.
  • Respecter la circulation des voiturettes. Le Versant impose la règle du 90 degrés et les sentiers sur les normales 3. Au Club de golf Métropolitain Anjou, il est interdit d’approcher à moins de 30 verges des verts et de circuler dans les zones détrempées, cordées ou signalées.
  • Accepter un terrain moins vert. Ne pas se plaindre d’une allée dorée en août est une contribution qui ne coûte rien, et qui aide les surintendants à défendre leurs choix.
  • Poser des questions. Les surintendants connaissent leurs chiffres, et la plupart apprécient qu’un membre s’y intéresse.

Les surintendants, un métier peu connu

L’ASGQ le reconnaît elle-même : le rôle de surintendant de golf demeure peu connu du grand public et des étudiants, et la relève n’est pas toujours au rendez-vous. L’association a lancé en 2026 une nouvelle identité visuelle, dévoilée lors de sa conférence annuelle, pour améliorer sa visibilité. Dans l’article sur Saint-Lambert, elle rappelle que la question environnementale arrive haut dans les préoccupations des surintendants, malgré les préjugés qui visent les terrains de golf.

C’est un point à garder en tête : les conversions comme celle du Country Club de Montréal reposent sur des équipes de terrain compétentes et suffisamment nombreuses. Un club qui peine à recruter aura plus de mal à remplacer les produits par du travail.

Les limites, honnêtement

Un parcours de golf n’est pas une réserve naturelle. Planter des géraniums ou laisser pousser une bande riveraine ne compense pas un terrain construit sur un milieu humide drainé. La bonne question n’est pas de savoir si le golf, en général, est bon ou mauvais pour l’environnement. C’est de savoir si votre parcours est mieux géré cette année que l’an dernier, et cette question-là a une réponse concrète.

Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs et associations cités.

Cinq questions à poser à votre club

  • D’où vient l’eau d’arrosage, et quelles zones cessent d’être arrosées en premier lors d’une sécheresse ?
  • Quels traitements ont été remplacés par des pratiques culturales ces dernières années ?
  • Comment le club gère-t-il le scarabée japonais et les vers blancs ?
  • Quelle part du terrain est laissée en gestion naturelle, et des zones de jeu interdit protègent-elles des secteurs sensibles ?
  • Combien de personnes compte l’équipe de terrain en pleine saison, et le club arrive-t-il à la maintenir ?

Sources consultées le 17.09.2026 : article « Virage bio : quand les géraniums s’occupent des scarabées » et nouvelles de l’Association des surintendants de golf du Québec, carte de pointage du Centre de golf Le Versant, page du Club de golf Métropolitain Anjou, Règles de golf (Règle 16.1).

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