Bunker de fairway : sortir d’abord, viser le green ensuite
Dans un bunker de fairway, la question n'est pas la distance jusqu'au drapeau mais le club qui franchit le bord à coup sûr. L'installation est l'inverse de celle du bunker de green, et le sable romand change de nature entre avril et août.
En bref
- Hauteur de la lèvre, distance jusqu'à elle, lie : le club qui sort passe avant celui qui atteint le green.
- Swing aux trois quarts avec un club de plus, pieds à peine vissés, mains un centimètre plus bas.
- Règle 12.2b : pas de sable touché au swing d'essai ni au backswing, sous peine de deux coups.
- Sable tassé du printemps : un club de moins. Sable meuble d'été ou balle enfoncée : du loft.
- Les bunkers d'entraînement romands sont des bunkers de green : une leçon avec un pro Swiss PGA vaut mieux.
Au Domaine Impérial, à Gland, le trou 4 est un long par 5 qui oblige à éviter un bunker long et étroit posé le long du fairway, avant un green défendu par de petits pot bunkers. Pete Dye a dessiné ce parcours à la fin des années huitante, et il savait ce qu’il faisait : un joueur de club qui finit dans ce sable avec encore 150 mètres à parcourir se trouve devant le coup le plus mal géré du golf amateur.
Ce coup ne se rate presque jamais à cause du swing. Il se rate parce que le joueur a regardé le green au lieu de regarder le bord du bunker, puis parce qu’il s’est installé comme dans un bunker de green. Les deux fautes se corrigent sans une heure de practice, et c’est l’objet de cette page.
Deux sables qui n’ont rien en commun
Autour du green, on cherche à faire entrer le club dans le sable quelques centimètres derrière la balle, pour qu’un coussin de sable la soulève. Sur le fairway, on veut exactement l’inverse : la balle d’abord, le sable à peine effleuré ensuite, comme un coup de fer pris sur un lie serré.
Le problème est que la plupart des golfeurs romands n’ont appris qu’un seul geste de bunker, celui du green, parce que c’est le seul bunker qu’ils trouvent sur leur zone d’entraînement. Ils descendent donc dans le sable du fairway avec les mauvais réflexes : pieds vissés, balle avancée, swing ample.
Pourquoi une frappe grasse coûte-t-elle autant ici ? Parce que le sable freine la tête du club bien plus que le gazon. Sur l’herbe, toucher le sol un centimètre trop tôt fait perdre quelques mètres. Dans un bunker, le même centimètre peut coûter la moitié du coup.
Avant le chiffre, regardez le bord
La vraie question en arrivant à la balle n’est pas « combien jusqu’au green ? », mais « quel club sort d’ici à coup sûr ? ». Tant que cette réponse n’est pas donnée, la distance ne sert à rien.
Jugez trois choses dans cet ordre :
- La hauteur de la lèvre dans l’axe que vous voulez jouer, pas celle du côté le plus bas.
- La distance entre la balle et cette lèvre. À dix mètres d’une face haute, un fer moyen passe souvent ; collé à deux mètres de la même face, seul un wedge sort, quel que soit le nombre de mètres qui restent.
- La manière dont la balle repose. Posée sur le sable, tout reste possible. Enfoncée, même légèrement, le choix se réduit au loft.
Ajoutez ensuite une marge. Depuis le sable, la balle décolle plus bas que depuis l’herbe, parce que le swing est plus court et le contact un peu plus fin. Un club qui passe la lèvre de justesse à l’entraînement ne la passera pas en partie.
Le calcul qui devrait trancher toutes les hésitations est simple. Le fer 7 qui sort proprement et laisse vingt mètres jusqu’au green vous garde en course pour le par. Le fer 5 qui heurte la face vous laisse dans le même bunker, souvent plus près du bord, avec la même décision à reprendre et un double bogey en perspective.
L’altitude ne change pas la lèvre
Les golfeurs qui jouent Crans-sur-Sierre, à environ 1’500 mètres sur le plateau de Crans-Montana, découvrent que la balle vole plus loin qu’en plaine. C’est vrai sur le fairway et c’est tout aussi vrai dans le sable. Mais l’air plus léger allonge le vol, il ne fait pas monter la balle plus raide au départ : la lèvre se juge exactement comme à Genève ou à Payerne.
Le piège de la montagne est donc inverse de celui qu’on imagine. Parce que la distance « arrange » le joueur, il est tenté de prendre moins de loft pour atteindre le green. Sur le parcours Severiano Ballesteros, un par 71 de 6’274 mètres qui accueille l’Omega European Masters, cette tentation se paie comme partout ailleurs.
Le choix du club, en pratique
Une fois la lèvre réglée, revenez à la distance, mais avec deux corrections.
Un club de plus. Vous allez jouer un swing aux trois quarts, plus contrôlé qu’à l’accoutumée. La balle ira donc moins loin qu’avec un swing complet, et c’est volontaire.
Un swing plus court plutôt qu’un swing plus fort. Le sable n’offre pas d’appui stable. Un swing plein pousse le corps à glisser ou à se relever pour compenser, et c’est précisément ce mouvement qui fait entrer le club derrière la balle. Un backswing raccourci garde le bas du corps tranquille.
Si la bonne réponse est un hybride ou un bois de parcours, elle est acceptable à une condition : que la balle soit bien posée et la lèvre basse. Leur semelle large glisse mieux sur le sable qu’un fer long, mais leur faible loft ne pardonne rien face à un bord.
S’installer à l’opposé du bunker de green
Les pieds. Tournez-les juste assez pour ne pas glisser, un centimètre environ. S’enfoncer profondément, comme on l’apprend pour le bunker de green, vous place plus bas que la balle et rend le contact gras presque inévitable.
Les mains sur le club. Descendez d’environ un centimètre sur le grip. Vous compensez ainsi le centimètre dont vos pieds sont descendus, et le club garde la même longueur utile par rapport à la balle.
La balle. Un peu en arrière de sa place habituelle pour ce club, mains légèrement devant. Cela favorise un contact descendant, balle d’abord.
Le club en l’air. À l’adresse, la tête du club reste au-dessus du sable. Ce n’est pas seulement une question de règlement, c’est aussi une aide : sans appui au sol, beaucoup de joueurs trouvent plus facilement le haut de la balle.
Pendant le coup, gardez votre hauteur
Une seule pensée suffit : ne pas s’affaisser. Le joueur qui veut « aller chercher » le green plonge vers la balle en descendant, et le club touche le sable en premier. Poitrine à la même hauteur qu’à l’adresse, tête stable, bras qui balancent : un swing aux trois quarts centré bat un swing complet décentré, et l’écart n’est pas mince.
Ce que permettent les Règles
Deux points valent d’être connus avant d’entrer dans le sable. Selon la Règle 12.2a du R&A, vous pouvez retirer les détritus et les obstructions amovibles dans un bunker, feuilles, brindilles ou pierres, avant de jouer. En revanche, la Règle 12.2b interdit de toucher le sable avec le club lors d’un swing d’essai ou pendant le backswing. L’infraction vaut la pénalité générale : deux coups en stroke play, la perte du trou en match play. Faites donc votre swing d’essai hors du bunker.
Sable du Plateau, sable de montagne
La saison romande en plaine court d’avril à octobre, et les deux extrémités sont humides. Au printemps comme en fin d’automne, le sable des bunkers est souvent tassé et mouillé. Il se comporte alors presque comme un lie ferme : le club ne s’enfonce pas, le contact est plus facile, et la balle sort avec plus de vitesse que prévu. Un club de moins que depuis un sable meuble suffit souvent.
En plein été, surtout après quelques jours secs, le même bunker devient meuble et profond. La balle s’assied, les pieds s’enfoncent et la marge d’erreur fond. Depuis un sable vraiment mou, soyez prêt à monter de deux clubs, ou à renoncer au green.
Savoir sortir sans viser le green
Certaines situations n’offrent pas de coup raisonnable vers le drapeau : balle enfoncée dans un sable mouillé, pente descendante, balle contre le bord arrière, lèvre toute proche. La réponse est un wedge, vers le côté ou vers une distance où votre prochain coup sera un wedge plein. Le bogey devient l’objectif, et c’est un bon objectif.
Posez-vous une question honnête : réussiriez-vous ce coup quatre fois sur dix ? Si la réponse est non, le tenter revient à miser des coups que vous avez déjà.
Où travailler ce coup en Suisse romande
La difficulté est concrète : les bunkers d’entraînement de la région sont presque tous construits comme des bunkers de green. Au Golfparc Migros du Signal de Bougy, perché à 720 mètres avec vue sur le Léman, le driving range compte 60 places de jeu dont 22 couvertes, et l’accès au driving range est libre et gratuit. Mais le sable s’y trouve dans l’une des deux grandes zones d’approche, sous la forme d’un bunker de green d’entraînement. On y apprend le contact balle d’abord, pas la gestion d’une lèvre à 140 mètres.
La tentation est alors d’aller taper une série de balles dans un bunker du parcours. Renseignez-vous avant : de nombreux clubs l’interdisent. Le règlement interne du Golf de Lavaux, à Puidoux, précise par exemple qu’un entraînement intensif avec plusieurs balles n’est pas autorisé sur les parcours. Là où c’est toléré, c’est au professionnel du club d’en décider, en général tôt le matin ou en fin de journée, et le bunker doit être ratissé ensuite.
La solution la plus efficace reste une leçon ciblée. La Swiss PGA, fondée en 1943 sous le nom d’Association Suisse des Professeurs de Golf, regroupe plus de 400 professionnels, et son outil ProFinder sur swisspga.ch permet de chercher un enseignant par localité. Demandez explicitement une séance de petit jeu incluant le bunker de fairway : un pro sait où trouver du sable pour ce coup dans son club. Pour la technique de sortie autour du green, qui est un autre geste, voyez notre page sur la sortie de bunker.
Un exercice se fait aussi sans balle, dans n’importe quel bunker autorisé : tracez une ligne dans le sable, placez-vous comme si la balle était posée juste devant, et répétez des swings qui marquent le sable après la ligne, jamais avant. Dix minutes suffisent pour sentir l’entrée du club. Ajoutez ensuite cinq balles au fer 7 en ne pensant qu’à ce point d’entrée.
Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs et organismes cités.
Avant de descendre dans le sable
- Lèvre, distance jusqu’à la lèvre, lie : le club qui sort à coup sûr passe avant le club qui atteint le green.
- Un club de plus, backswing aux trois quarts.
- Pieds à peine vissés, mains un centimètre plus bas sur le grip, balle légèrement reculée.
- Club au-dessus du sable à l’adresse et swing d’essai hors du bunker.
- Rester grand, balle d’abord, finir en équilibre.
- Sable mouillé et tassé : un club de moins. Sable meuble ou balle enfoncée : loft, et bogey accepté.
Le bon coup de bunker de fairway ne se voit presque pas. Il sort, il roule, il laisse une approche. Il a été décidé avant même que le club quitte le sac.






