Fairways étroits en Romandie : viser, choisir le club, compter l’altitude
Sur les parcours boisés et vallonnés de Suisse romande, un départ manqué coûte un coup de sortie. La plupart des fairways perdus se regagnent par la visée, le choix du club et un calcul d'altitude, sans toucher au swing.
En bref
- Notez G, F, D ou X à chaque départ pendant trois parties pour connaître votre manqué.
- Visez le bord du fairway opposé à ce manqué et utilisez toute la largeur.
- Choisissez le club d'après l'endroit où se trouve le danger, pas d'après votre distance maximale.
- En altitude, la balle vole environ 1,2 % plus loin tous les 300 mètres : près de 6 % à Crans.
- Contre la bise, un club de plus et un swing plus doux ; alignez la face sur un repère à un mètre.
Un fairway suisse pardonne rarement. Entre les arbres centenaires du Chalet-à-Gobet, les pentes du Haut-Plateau et les lisières qui bordent la plupart des parcours du Plateau, le rough mène souvent à un coup de sortie plutôt qu’à un deuxième coup normal. Bonne nouvelle : la proportion de fairways touchés dépend bien plus de décisions prises avant le swing que du swing lui-même.
Ce guide part de deux terrains que beaucoup de golfeurs romands connaissent, le Golf Club de Lausanne et Crans-sur-Sierre, pour montrer comment viser, choisir le club et tenir compte de l’altitude et du vent. Rien ici ne demande une leçon ni un club neuf.
Deux parcours, deux façons de manquer
Le Golf Club de Lausanne est installé à 850 mètres d’altitude au-dessus de la ville, sur un 18 trous par 72 de 6’295 mètres bordé d’arbres anciens, remanié en 1996 par l’architecte britannique Jeremy Pern avec des greens surélevés. Ici, le départ manqué ne coûte pas une pénalité : il coûte un coup, celui qu’on joue en travers pour ressortir des troncs.
Le parcours Severiano Ballesteros de Crans-sur-Sierre, 18 trous par 71 pour 6’274 mètres, se trouve à 1’500 mètres sur le Haut-Plateau et accueille chaque année l’Omega European Masters. Le club annonce lui-même qu’il exige « précision et un jeu complet ». Le manqué y prend une autre forme : une balle qui vole plus loin que prévu et traverse le fairway là où le joueur pensait s’arrêter.
Ces deux terrains résument le problème du golfeur romand. Tantôt la largeur manque, tantôt c’est la distance qui trompe. Les deux se règlent de la même manière : connaître sa balle, viser en conséquence et choisir le club d’après l’endroit où le danger se trouve.
Première étape : un relevé honnête sur trois parties
Avant de modifier quoi que ce soit, prenez la carte de score et ajoutez une colonne. À chaque départ joué au bois ou à l’hybride, notez une lettre : G pour rough gauche, F pour fairway, D pour rough droit, X pour les arbres ou le hors limites. Pas de distance, pas de commentaire.
Après trois parties, soit une quarantaine de départs, un motif apparaît presque toujours. La majorité des amateurs manquent d’un côté bien plus souvent que de l’autre, et le coup tiré dont ils se souviennent est l’exception, pas la règle. La mémoire retient les catastrophes, la colonne retient la réalité.
Ce motif devient votre outil de travail. Une courbe que vous produisez huit fois sur dix est une trajectoire sur laquelle on peut construire. Une balle droite que vous réussissez deux fois sur dix n’en est pas une.
Utiliser toute la largeur, pas la moitié
Viser le centre du fairway paraît prudent. En pratique, c’est renoncer à la moitié de la surface disponible : le joueur qui fade et vise le milieu voit ses bonnes balles rester en jeu et ses fades habituels finir dans le rough droit.
La solution consiste à viser le bord du fairway situé du côté opposé à votre manqué. Si votre balle part à droite, prenez comme cible la limite gauche de l’herbe rase. La trajectoire normale revient vers le centre, la balle ratée finit encore sur le fairway, et seule la balle vraiment tirée sort à gauche, ce qui est rare puisque ce n’est pas votre motif.
Sur un parcours boisé comme Lausanne, ce décalage de quelques mètres change la nature du deuxième coup. Il ne transforme pas le swing, il transforme la marge. Comptez trois ou quatre trous d’inconfort : viser volontairement le rough déroute tout le monde au début.
Choisir le club d’après le danger
La question utile n’est pas « jusqu’où puis-je taper ? » mais « où est l’endroit qui me coûte un coup ? ». Sur un par 4 de 340 mètres dont le fairway se resserre entre deux bunkers à 240 mètres du départ, un bois 3 qui s’arrête à 210 mètres laisse un fer moyen depuis l’herbe rase. Le driver laisse parfois un wedge depuis le fairway, et parfois une sortie latérale depuis le sable. Sur une saison, le deuxième scénario revient assez souvent pour rendre le pari perdant.
Une précaution s’impose toutefois. Chez de nombreux amateurs, le bois 3 posé sur un tee n’est pas plus précis que le driver : le manche est plus court, mais la tête est plus petite et moins tolérante. Vérifiez-le avec votre colonne de relevé. Si les deux clubs dispersent autant, gardez le driver et encaissez les mètres supplémentaires. Si l’hybride ou le fer long reste en jeu nettement plus souvent, c’est lui le club des trous étroits.
Altitude : recalculer avant de sortir le driver
Le golf romand se joue du bord du Léman jusqu’au-dessus de 1’500 mètres, et l’air ne porte pas la balle de la même manière partout. Une étude de Titleist, rapportée par GOLF.com, indique qu’une balle vole environ 1,2 % plus loin tous les 1’000 pieds d’altitude, soit à peu près tous les 305 mètres.
Appliqué à nos parcours, le calcul est parlant. À Lausanne, 850 mètres représentent environ 2’800 pieds, donc un peu plus de 3 % de distance en plus par rapport au niveau de la mer. À Crans, 1’500 mètres équivalent à près de 4’900 pieds, soit environ 6 % : un départ qui porte à 200 mètres en plaine en ferait autour de 212. Ces douze mètres suffisent pour atteindre un bunker de fairway qui semblait hors de portée sur la carte.
La conséquence pratique est simple : en montagne, la question du bois 3 se pose plus souvent qu’en plaine. Le danger situé à 230 mètres entre en jeu pour des joueurs qui ne l’atteignent jamais à Genève ou à Payerne. Refaites le calcul au premier départ plutôt qu’au troisième trou.
Bise, vents de vallée et hauteur du tee
Autour du Léman et sur le Plateau, la bise souffle souvent en rafales régulières, et en Valais les vents de vallée peuvent tourner au fil de la journée. Le principe reste le même partout : c’est le choix du club qui change, pas le geste.
- Vent de face : un club de plus et un swing plus doux. Frapper plus fort ajoute de l’effet rétro, la balle monte et retombe court.
- Vent dans le dos : la balle vole et roule davantage. Additionné à l’altitude, cela rend atteignables des obstacles qui ne le sont jamais.
- Vent de côté : visez dans le vent et laissez la balle dériver vers la cible, sans chercher à imposer une courbe contraire.
La hauteur du tee accompagne ces choix. Avec le driver, environ la moitié de la balle doit dépasser le haut de la tête à l’adresse. Contre le vent, tee un peu plus bas et balle légèrement reculée pour garder une trajectoire tendue ; vent arrière, tee plus haut. Face à un slice persistant, baisser légèrement le tee et reculer un peu la balle réduit souvent la courbe plus sûrement qu’une nouvelle pensée de swing.
Huit dixièmes d’effort, et la preuve par le compte
Faites une partie complète en jouant chaque départ à environ 80 % de votre effort maximal. La plupart des joueurs perdent quelques mètres et gagnent plusieurs fairways. La raison tient au centrage : l’amateur perd moins de distance par manque de vitesse que par frappe décentrée, et un swing plus souple centre mieux la balle.
Ne vous fiez pas à l’impression. Notez les fairways touchés sur cette partie et comparez-les à votre relevé initial. C’est le seul moyen de savoir si l’échange vous profite.
S’aligner depuis l’arrière de la balle
Une large part des départs « ratés » sont en réalité bien frappés dans une mauvaise direction. Depuis l’adresse, les yeux ne sont pas sur la ligne de jeu : personne ne peut juger son alignement dans cette position.
La routine qui corrige cela tient en quatre temps. Placez-vous derrière la balle, choisissez une cible précise, puis un repère intermédiaire environ un mètre devant la balle sur cette ligne : une touffe d’herbe plus claire, un divot, un tee cassé. Posez ensuite la face du club perpendiculairement à ce repère, et seulement après, placez pieds, hanches et épaules parallèlement à la ligne.
À l’entraînement, déposez un club au sol le long de vos pieds à chaque séance. L’alignement se dérègle lentement pendant la saison, sans que le joueur s’en rende compte.
Où travailler vos départs en Suisse romande
Le terrain d’essai le plus efficace reste un neuf trous joué en fin de journée avec une seule consigne, par exemple viser le bord opposé au manqué. Le relevé sur neuf trous suffit à voir si la méthode tient.
Pour tester vos décisions sur un vrai parcours boisé, Lausanne accueille les membres d’autres clubs en semaine avec un handicap maximal de 26 ; les week-ends et jours fériés sont réservés aux membres, et la saison court de mars à décembre. Le parcours Severiano Ballesteros de Crans demande un handicap de 36 au maximum pour une partie amicale et 30 en compétition, avec un certificat de handicap et l’affiliation à un club ; la saison 2026 y est annoncée du 3 mai au 15 novembre. Vérifiez les conditions du jour sur le site du club avant de réserver.
Pour contrôler l’alignement, le moteur « Find a Pro » de la Swiss PGA permet de trouver un enseignant diplômé près de chez vous. Une demi-heure sur un practice en herbe, avec des jalons posés au sol, dit exactement où vous visez, ce qu’aucun relevé ne peut établir seul. Pour la position et la prise du club, notre article sur le grip complète ce travail.
Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs, structures ou organismes cités.
Pendant vos trois prochaines parties
- Ajoutez une colonne G / F / D / X à la carte de score et trouvez votre manqué dominant.
- Visez le bord du fairway opposé à ce manqué, jusqu’au 18e trou et pas seulement jusqu’au troisième.
- En montagne, ajoutez environ 1,2 % de distance par tranche de 300 mètres d’altitude avant de choisir le club au départ.
- Jouez une partie entière à huit dixièmes d’effort et comptez les fairways.
- Posez la face sur un repère à un mètre avant de placer les pieds.
Sur les parcours étroits et vallonnés de Romandie, le pourcentage de fairways touchés est la statistique qui progresse le plus vite, parce que presque tout se décide derrière la balle.
Où ça se joue vraiment
Trois des parcours les plus longs de notre annuaire, où le coup de départ décide de la partie.
- Golf Club Crans-sur-Sierre — parcours Severiano Ballesteros : Le parcours de l’Omega European Masters, redessiné par Ballesteros à 1 500 mètres : une vue exceptionnelle, un golf que plusieurs avis jugent surcoté.
- Golf Club Montreux : Fondé en 1900, agrandi sous l’œil de Harry Vardon, rénové par Ronald Fream : un slope de 142, des greens rapides, et le bruit de l’autoroute.
- Golf Club de Genève : Trent Jones père en 1973, Trent Jones fils pour la rénovation de 2016 à 2018 : un entretien irréprochable sur le coteau de Cologny, et un accès fermé.
Nous n’avons pas joué ces parcours ; chaque fiche dit sur quoi elle s’appuie.






