Shank cet hiver en Suisse romande : la cause unique, quatre exercices et où trouver un pro
Mains froides, tapis qui pardonnent tout, séances sans échauffement : l'hiver romand réveille le shank. Il n'a pourtant qu'une cause, le col du club qui arrive à la place du centre de la face, et quelques exercices simples suffisent souvent à le faire disparaître en une séance.
En bref
- Lors d'un shank, la balle touche le col arrondi du club et non la face : elle part presque à angle droit, sans tourner comme un slice.
- Les pistes à vérifier : distance à la balle, poids qui file vers les orteils, bassin qui avance, trajectoire qui sort et grip crispé, que le froid aggrave.
- Un spray poudre sur la face, le test du bras qui pend et une vidéo prise de derrière montrent votre version en un quart d'heure, même sur tapis.
- En partie, reculez d'un centimètre et frappez plus doucement ; la règle locale E-5 ne vaut que si le club l'a adoptée, et un pro Swiss PGA trouve la cause à la vidéo.
Novembre au practice couvert, les doigts encore engourdis, un seau de balles posé à côté du tapis. Un fer 8 bien parti, puis un deuxième, et soudain la balle file à angle droit, rase le poste voisin et va claquer contre la paroi latérale. Le joueur d’à côté fait semblant de ne rien avoir vu. Vous, vous avez tout vu, et vous savez que le prochain swing sera crispé. Le shank, ou socket comme on dit encore dans certains clubs romands, n’a pourtant rien d’un sort jeté. Il obéit à une mécanique simple, se diagnostique en un quart d’heure et se corrige souvent en une seule séance bien menée. L’hiver, avec ses tapis, ses simulateurs et ses parcours en mode réduit, est même le meilleur moment pour s’en occuper.
Un seul coupable : le col du club
Regardez un fer de profil. Entre la face et le manche, il y a une pièce arrondie : le hosel, ce col qui relie la tête au manche. Lors d’un shank, la balle ne rencontre pas la face, ou à peine son extrême talon. Elle touche ce col, et comme la surface est ronde, elle repart presque à la perpendiculaire, vers la droite pour un droitier, vers la gauche pour un gaucher.
Retenez la conséquence, car toute la suite en découle : quel que soit votre swing, un shank signifie toujours que le col est arrivé à l’endroit où aurait dû se trouver le centre de la face. À l’impact, la tête de club était plus loin de vos pieds qu’à l’adresse, de deux ou trois centimètres. Chaque correction proposée ici sert à la ramener vers vous ou à l’empêcher de s’éloigner.
Cela permet aussi d’écarter une confusion fréquente. Le slice naît d’une face ouverte par rapport à la trajectoire du club, et la balle tourne en l’air. Le shank naît d’un point de contact, et la balle ne tourne presque pas : elle part simplement dans la mauvaise direction. Soigner l’un ne soigne pas l’autre.
Pourquoi l’hiver en fabrique davantage
Les enseignants voient souvent revenir le shank entre novembre et mars, et ce n’est pas un hasard.
Le froid raidit les mains. Des doigts gelés serrent plus fort. Un grip trop serré bloque la rotation des avant-bras, la face reste ouverte, et les mains ont tendance à partir vers l’avant pour sauver le coup.
Les couches de vêtements. Une doudoune ou deux pulls réduisent l’amplitude de la rotation du buste. Pour compenser, les bras font davantage de travail et s’écartent du corps à la descente.
Le tapis ment. Sur un tapis, la semelle glisse et un coup un peu gras ressemble à un bon coup. Vous ne voyez donc plus où la tête rencontre réellement le sol, et un défaut de placement peut s’installer sans alerte, jusqu’au jour où il atteint le col.
Les séances sans échauffement. On arrive au practice couvert après le travail, on sort le fer 7 et on enchaîne septante balles en quarante minutes. Fatigué, le corps s’affaisse vers l’avant, et la tête de club suit.
Les cinq pistes à vérifier
Chez la plupart des joueurs, une seule de ces pistes explique tout ; parfois deux se combinent.
La distance à la balle. Trop près, le club n’a plus la place de revenir à son point de départ sans que les mains s’écartent. Trop loin, vous allez chercher la balle en basculant sur l’avant des pieds. Les deux chemins mènent au col.
Le poids qui file vers les orteils. C’est la cause la plus répandue chez les amateurs. Le poids est bien réparti à l’adresse, puis glisse vers la pointe des pieds pendant la descente. Le corps se rapproche de la balle, les mains aussi. On le remarque surtout en fin de partie, quand la fatigue s’installe, ou sur une balle plus basse que les pieds.
Le bassin qui avance. Si les hanches se rapprochent de la balle pendant la descente, ce que les pros appellent l’extension précoce, l’espace devant vous se réduit. Les bras sont repoussés vers l’extérieur, et la tête de club avec eux.
Une trajectoire qui sort. Certains joueurs shankent en lançant le club vers l’extérieur dès le début de la descente. D’autres, souvent de meilleurs joueurs, font l’inverse : le club arrive très de l’intérieur, la face reste ouverte, et les mains sont poussées vers la balle au dernier moment. Deux mouvements opposés, un seul résultat.
La peur. Après un premier shank, on serre davantage et on ralentit. Les avant-bras se bloquent, la face ne se referme plus, et le suivant devient plus probable. Voilà pourquoi les shanks arrivent souvent par série.
Le diagnostic en un quart d’heure
Avant de corriger quoi que ce soit, identifiez votre version. Trois contrôles suffisent, et ils se font très bien sur un tapis.
Marquer l’impact. Vaporisez sur la face de votre fer 7 un spray poudre pour les pieds, du genre qu’on trouve pour quelques francs en pharmacie, ou collez des étiquettes d’impact. Frappez cinq balles et regardez les traces. Si elles se groupent côté talon, près du col, votre shank n’est pas un accident isolé : vous jouez déjà au bord de la zone dangereuse. Bonne nouvelle, la correction améliorera aussi vos coups réussis.
Le test du bras qui pend. Prenez votre position normale, lâchez le club de la main arrière et laissez ce bras pendre librement. Il devrait tomber à peu près entre la main avant et le corps. S’il pend nettement en dedans de vos mains, vous êtes trop loin ; si vos mains frôlent les cuisses, vous êtes trop près.
Une vidéo de derrière. Posez votre téléphone au sol, derrière vos mains, aligné sur la cible. Comparez deux images seulement : l’adresse et l’impact. Les hanches se sont-elles rapprochées de la balle ? La tête s’est-elle relevée ou avancée ? La réponse se voit en quelques secondes.
Quatre exercices pour le practice couvert
Choisissez l’exercice qui correspond à ce que le diagnostic a révélé. Commencez par des demi-swings au wedge ou au fer 9, et ne passez aux swings complets qu’une fois les contacts propres.
La barrière extérieure. Placez une deuxième balle, ou une housse de bois, environ quatre centimètres au-delà de la balle à frapper, du côté opposé à vos pieds. Frappez la balle intérieure sans toucher l’autre. Si les deux bougent, la tête est sortie. C’est l’exercice de référence contre le shank, parce que la sanction est immédiate et que le cerveau apprend vite à viser la pointe. Dix contacts propres d’affilée, puis on recule la barrière d’un centimètre.
Viser la pointe. À l’adresse, placez la balle en face de la pointe du club plutôt qu’au centre. Beaucoup de joueurs qui shankent se mettent alors à toucher le centre. La sensation est bizarre pendant une douzaine de balles, puis elle devient un repère que vous emporterez sur le parcours.
Les talons lourds. Frappez des demi-coups en soulevant légèrement les orteils dans les chaussures. Si le poids ne peut pas aller vers l’avant des pieds, le corps ne peut pas se rapprocher de la balle. Alternez dix balles orteils levés et dix balles normales, en cherchant à garder la même sensation dans les talons.
Le fessier contre le sac. Placez votre sac de golf debout derrière vous, de sorte que votre fessier l’effleure à l’adresse. Faites des swings lents en gardant ce contact jusqu’après l’impact. Le bassin reste en arrière et l’espace devant vous reste ouvert. Commencez sans balle ; quand le contact tient, frappez des coups tranquilles.
Dans tous les cas, desserrez les mains. Sur une échelle de un à dix, tenez le club à quatre : assez pour le contrôler, assez peu pour que les avant-bras tournent librement. Par temps froid, gardez des chaufferettes dans la poche entre les balles plutôt que de serrer plus fort. Ce seul réglage fait disparaître une partie des shanks.
En partie : limiter les dégâts
Les exercices sont pour le practice. Sur le parcours, il faut une consigne simple qui permet de jouer le coup suivant sans tout remettre en question.
- Reculez d’un centimètre. C’est la correction la plus rapide et celle qui risque le moins d’en créer une autre.
- Posez le poids sur les talons à l’adresse et raccourcissez un peu le swing.
- Fixez l’intérieur de la balle, la partie la plus proche de vous. Le regard guide souvent la tête de club.
- Prenez un club de plus et frappez plus doucement. L’effort projette le corps vers la balle ; un trois quarts de swing à vitesse réduite shanke beaucoup moins.
- Autour du green, roulez la balle. Si une petite approche levée vous fait peur, jouez le putter depuis l’avant-green ou un chip roulé avec un fer 7 : le col sort du jeu le temps de finir la partie.
Un mot sur les règles. Un shank qui franchit les piquets blancs envoie la balle hors limites, et la réponse de base reste coup et distance : on rejoue de l’endroit précédent avec un coup de pénalité. Les Procédures du Comité du R&A prévoient toutefois depuis 2019 la règle locale type E-5, « Alternative à coup et distance pour une balle perdue ou hors limites » : pour deux coups de pénalité, vous droppez près de l’endroit où la balle est sortie, sans revenir en arrière. Swiss Golf renvoie aux Règles officielles du R&A et n’impose pas cette règle : elle ne vaut que si le comité de votre club l’a adoptée, en général pour le jeu amical. Lisez la carte de score ou demandez au secrétariat.
Où travailler son shank cet hiver en Suisse romande
En plaine, beaucoup de parcours romands passent en mode hiver à partir de novembre : greens provisoires sur certains trous, tapis aux départs, balle placée sur le fairway selon les règles du jour. Ce n’est pas le moment d’aller chercher un score, mais c’est le bon moment pour régler un défaut de contact.
Un pro Swiss PGA. Le shank fait partie des problèmes qu’un enseignant règle le plus vite, souvent en une leçon, parce que la cause se voit à la vidéo. La Swiss PGA, l’association des professionnels de golf en Suisse, propose sur son site une recherche « Find a Pro » qui permet de trouver un enseignant près de chez vous. Annoncez dès le début que vous venez pour un shank : vous gagnerez vingt minutes. Notre article pour tirer le meilleur de vos leçons explique comment préparer la séance.
Un practice en partie couvert. Au Golf Parc Signal de Bougy, au-dessus de Rolle, le seul Golfparc Migros de Romandie, une partie des postes du practice est couverte et permet de frapper par mauvais temps. Les autres Golfparcs Migros se trouvent en Suisse alémanique. Où que vous alliez, emportez votre spray et une balle de réserve pour la barrière : c’est une séance de diagnostic complète pour le prix d’un seau.
Le simulateur. Les installations indoor de Lausanne, de Genève et du Nord vaudois se prêtent bien au travail du contact, à une condition : sur un tapis, le club rebondit, et un coup légèrement gras peut sembler parfait à l’écran. Concentrez-vous sur la marque laissée sur la face, pas sur le chiffre affiché. Notre dossier sur l’hiver en indoor en Suisse romande recense les adresses.
Si vous jouez sans club. Les golfeurs indépendants passent par l’ASGI, l’Association Suisse des Golfeurs Indépendants, qui gère la Swiss Golf Card et propose des cours de perfectionnement, ou par la Migros GolfCard, l’autre formule d’affiliation hors club, rattachée aux Golfparcs. Avant de réserver une leçon, renseignez-vous sur les offres d’hiver de la vôtre.
Vérifiez d’abord la base. Une bonne partie des shanks naissent avant même que le club bouge, d’une position de balle ou d’une posture qui a dérivé au fil de la saison. Notre guide grip et position permet de tout remettre à plat. Et si vos shanks surviennent surtout sur les balles plus basses que les pieds, notre article sur les lies en pente montre comment se placer.
L’essentiel en cinq lignes
- La cause : le col du club arrive à la place du centre de la face, parce que la tête est plus loin de vous à l’impact qu’à l’adresse.
- Le diagnostic : spray sur la face, test du bras qui pend, vidéo prise de derrière.
- Les exercices : la barrière extérieure, viser la pointe, les talons lourds, le fessier contre le sac.
- En partie : reculer d’un centimètre, poids sur les talons, regard sur l’intérieur de la balle, swing plus doux.
- L’aide : une leçon chez un pro Swiss PGA trouve presque toujours la cause à la vidéo.
Votre prochaine séance
La prochaine fois que vous passez au practice couvert ou au simulateur, glissez dans le sac le spray et une balle de réserve. Échauffez-vous cinq minutes, mains au chaud. Marquez la face, frappez cinq fers 7 et regardez les traces. Si elles flirtent avec le talon, installez la barrière et enchaînez vingt demi-coups au wedge sans toucher la balle extérieure, en comptant nonante secondes de pause tous les cinq coups pour garder les mains souples. Un quart d’heure suffit. Pour la plupart des joueurs, c’est la fin du shank, et surtout la fin de la peur qui l’accompagne. Au printemps, vous retrouverez l’herbe avec un contact plus centré qu’en octobre.






