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Technique

Soixante balles bien jouées : la séance de practice en quatre temps

Au Signal de Bougy, soixante balles coûtent une dizaine de francs. Ce qui coûte cher, c'est de les frapper sans cible. Une séance utile se découpe en quatre temps et se termine par un parcours imaginaire.

La rédaction Panxis Golf, desk Suisse romande (Loïc Chappuis) · · 7 min
Golfeurs alignés sur un practice découvert
Photo Jopwell / Pexels

En bref

  • Quinze balles de mise en route au wedge, pieds joints, avant de travailler quoi que ce soit.
  • Un club, une pensée de cinq mots, vingt balles : si ça ne prend pas, soixante n'y feront rien.
  • Le dernier tiers en changeant de club et de cible à chaque coup, pour que le geste tienne sur le parcours.
  • Les balles de practice servent à comparer les clubs entre eux, pas à caler une distance.
  • Signal de Bougy : range gratuit, CHF 3.50 les vingt balles. Payerne : CHF 6 les 45 balles.

Au Golfparc Migros du Signal de Bougy, vingt balles de practice coûtent CHF 3.50 à un visiteur. Soixante balles, soit à peu près ce que l’on frappe en une heure, reviennent donc à une dizaine de francs. Le prix n’est pas le problème. Le problème, c’est ce que la plupart des joueurs font de ces soixante balles : une suite de drivers vers le fond du terrain, sans cible, qui donne l’impression d’avoir travaillé et ne modifie presque rien sur le parcours.

Une séance utile tient en quatre temps : se préparer, changer une seule chose, la mettre à l’épreuve dans le désordre, puis jouer un parcours imaginaire. Voici comment les organiser, et où le faire en Suisse romande pendant une saison de plaine qui court d’avril à octobre.

Pourquoi le practice trompe

Sur un driving range, tout est fait pour que le coup soit facile : balle posée à plat, même club répété, même cible, aucune conséquence, et une nouvelle balle aussitôt. Le parcours n’offre jamais ces conditions. Chaque minute de séance qui ressemble un peu plus à un vrai tour est donc une minute mieux employée.

Les balles elles-mêmes faussent le tableau. Les balles de practice volent en général 5 à 10 % moins loin que les balles de jeu, et elles diffèrent entre elles. Elles ne servent pas à mesurer une distance absolue. Elles restent justes pour comparer deux clubs : l’écart entre votre fer 8 et votre fer 9 est une information fiable même si le chiffre brut ne l’est pas, et c’est justement l’étagement qui manque à la plupart des amateurs.

Premier temps : quinze balles pour rien

Les quinze premières balles ne sont pas de l’entraînement. Ce sont des balles de mise en route, à jouer avec des wedges à demi-vitesse, puis en remontant progressivement vers les fers moyens. Les frapper fort d’emblée est la meilleure façon de se blesser et de prendre de mauvaises habitudes.

Un exercice suffit à ouvrir la séance : quelques coups de wedge pieds joints. Il impose l’équilibre et centre la frappe en trois minutes. Arrivé au fer 7, vous devez bouger librement et avoir touché au moins une balle proprement.

Deuxième temps : un seul changement

Choisissez un point, un seul, et consacrez-lui une vingtaine de balles avec le même club. Passer du driver au wedge en pensant à trois positions différentes revient à quitter le practice sans avoir travaillé.

La pensée de swing doit tenir en cinq mots. Au-delà, c’est une description du swing, pas une consigne que le corps peut suivre pendant une seconde et demie.

Et fixez-vous une limite : si le changement ne prend pas en vingt balles, il ne prendra pas en soixante. Les quarante balles supplémentaires ne feraient qu’installer une compensation.

Chaque balle doit avoir une cible précise, un drapeau ou un piquet, et une trajectoire annoncée. Posez un club au sol pour vérifier l’alignement sur les premiers coups : les postes de practice orientent les pieds parallèlement au tapis, et beaucoup de joueurs dérivent de vingt mètres en une saison sans le remarquer.

Troisième temps : casser la répétition

Répéter le même coup vingt fois, ce que les entraîneurs appellent la pratique en bloc, rend un changement confortable. Les progrès sont visibles dans la séance, ce qui explique que tout le monde s’arrête là. Mais le parcours ne propose jamais deux fois le même coup, et un geste appris uniquement en bloc s’évapore souvent au départ du 1.

La solution : réserver le dernier tiers de la séance à la pratique aléatoire. Changez de club et de cible à chaque balle. Les coups sont moins réguliers et la sensation moins flatteuse, mais la recherche sur l’apprentissage moteur montre depuis des décennies que ce mode de travail se transfère beaucoup mieux sur le terrain. Paraître moins bon à l’entraînement est le prix d’un meilleur jeu en partie.

Quatrième temps : jouer votre parcours au practice

Prenez la carte du parcours que vous jouez le plus souvent et jouez-le, coup après coup, depuis votre poste. Au 1, le club que vous prenez au départ. Ensuite, le fer que ce départ vous laisserait. Puis le wedge vers un drapeau. Faites la routine complète à chaque fois : derrière la balle, choix de la cible, engagement.

Neuf trous joués ainsi représentent environ vingt-cinq balles et entraînent les deux choses qui décident d’un score : choisir un coup et s’y tenir. Cent balles frappées au hasard ne le font pas.

Herbe ou tapis

Un tapis pardonne une frappe qui touche le sol deux centimètres avant la balle : la semelle glisse et la balle part quand même. Sur l’herbe, le même coup est gras. Un joueur qui ne s’entraîne que sur tapis peut donc construire un contact impeccable au practice et produire des coups lourds sur le parcours sans jamais comprendre pourquoi.

Quand une zone sur herbe est disponible, réservez-la au travail des fers. Sur tapis, regardez où la tête de club touche la surface plutôt que la trajectoire de la balle. Et par temps froid, en mars ou en fin octobre, prenez moins de balles : les chocs répétés sur tapis dur fatiguent poignets et coudes.

Trois courtes plutôt qu’une longue

Trois séances de trente à quarante minutes dans la semaine valent nettement mieux qu’une séance de deux heures le samedi. La consolidation d’un geste se fait entre les séances, pas pendant. Le joueur qui frappe soixante balles le mardi, le jeudi et le samedi conserve un changement que celui qui en frappe deux cents le dimanche aura perdu la semaine suivante.

Pour quelqu’un qui travaille, la formule réaliste est simple : deux passages au practice sur le chemin du retour, et dix minutes de putting ou d’approches à la maison plusieurs soirs par semaine.

Où s’entraîner en Suisse romande

Golfparc Migros du Signal de Bougy. Le driving range compte 60 places, dont 22 couvertes, dix postes équipés du Trackman Range dont deux pour gauchers, et deux zones d’entraînement sur herbe. L’accès est libre et gratuit : on ne paie que les balles, CHF 3.50 les vingt pour un visiteur et CHF 2.50 pour un abonné. Le putting green, le chipping green, le pitching green, les deux grandes zones d’approche et leur bunker d’entraînement sont également gratuits. Les postes Trackman sont l’outil idéal pour le relevé d’écarts entre clubs décrit plus haut.

GP Golf de Payerne. Au Domaine des Invuardes, dans la Broye, le driving range est accessible aux non-membres : CHF 6 les 45 balles, avec un dépôt de CHF 5 pour la puce. Quarante-cinq balles couvrent déjà l’essentiel de la séance décrite ici pour six francs.

Golf de Lavaux, à Puidoux. Driving range face à la montagne, green de putting et d’approche, zone de petit jeu et un parcours de six trous. Les membres accèdent librement aux installations d’entraînement. Le règlement interne rappelle deux points utiles partout : on respecte le silence et les distances de sécurité sur les aires d’entraînement, et l’entraînement intensif avec plusieurs balles n’est pas autorisé sur le parcours. La séance se fait au practice, pas sur le 3.

Mesurer ses distances avec un spécialiste. Des journées de fitting gratuites et sans obligation d’achat sont organisées tout au long de la saison dans des clubs romands, dont Crans-Montana, Lavaux, Vuissens, Bonmont et le Domaine du Brésil. Certains magasins spécialisés permettent aussi de prendre rendez-vous pour un essai. Une séance de fitting donne au passage un relevé mesuré de vos distances, ce qu’aucun seau de balles de practice ne fournira. Pour mesurer seul, voyez notre page sur les radars de mesure.

Et la zone d’approche de votre propre parcours. C’est l’installation la plus négligée de Suisse romande. Elle est comprise dans la cotisation ou dans le green-fee, et c’est à moins de cinquante mètres que se perdent la majorité des coups.

Panxis Golf n’a aucun lien commercial avec les clubs et enseignes cités.

La séance type, en soixante balles

  • Quinze balles de mise en route, wedges pieds joints puis fers courts.
  • Vingt balles, un club, une pensée de cinq mots, une cible à chaque coup.
  • Quinze balles en changeant de club et de cible à chaque frappe.
  • Neuf trous de votre parcours joués depuis le poste, routine complète.
  • Des écarts entre clubs relevés, jamais de distance absolue calée sur des balles de practice.

Soixante balles, une heure, une dizaine de francs au Signal de Bougy. Moins de balles que la plupart des joueurs n’en frappent, et beaucoup plus de golf que ce qu’ils travaillent.

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